VISITE DU MUSEE NATIONAL DE LA MARINE – Jeudi 6 mars 2025

Nous sommes dix-neuf adhérents à nous retrouver devant le Palais de Chaillot pour visiter le musée national de la Marine.

Avec notre conférencière Odile Déchelotte, nous pénétrons dans le hall d’accueil pour nous équiper chacun d’un audiophone et déposer les encombrants manteaux dans un vestiaire.

Pour notre confort, Odile choisit de relater l’historique de ce musée dans le hall, laissant un autre groupe s’éloigner avec son guide.

Le musée national de la Marine a rouvert ses portes à l’automne 2023 après six années de rénovation (transformation des espaces, mise aux normes, restauration des œuvres, des maquettes de bateaux aux tableaux).

Il possède l’une des plus anciennes collections retraçant 400 ans d’aventures maritimes et ses trésors sont partagés avec les autres musées nationaux de la Marine situés à Brest, Rochefort, Toulon et Port-Louis. Il dispose également d’une bibliothèque de référence sur l’histoire maritime, les techniques de la construction navale et l’archéologie maritime.

La collection navale offerte au roi Louis XV par Henri-Louis Duhamel du Monceau constitue le fonds du musée. Installée dans un premier temps au Louvre, la collection s’est enrichie au fur et à mesure de nouvelles pièces et tableaux. Après avoir transité par l’Hôtel de la Marine, elle est finalement installée dans une aile du Palais de Chaillot.

Dès l’entrée dans le vestibule, le ton est donné, nous sommes accueillis par un scaphandre d’acier conçu par les frères Carmagnolle (1882).

Ensuite, avant d’accéder aux collections, passage devant un « espace repère » pour introduire le monde maritime et ses enjeux.

Dans la salle, notre regard se porte immédiatement sur la maquette du Royal Louis, aux dimensions impressionnantes (h : 452cm, L : 520 cm, l : 225cm). C’est un modèle de vaisseau à trois ponts et 124 canons datant de la deuxième moitié du XVIIIe siècle. Il servait à la formation des officiers de l’école des gardes de la Marine de Brest.

Ils pouvaient ainsi appréhender l’architecture et la composition des gréements de navires, identifier un ensemble de manœuvres, simuler l’orientation d’une voile en fonction de l’axe du vent ou d’un virement de bord.

Odile attire notre attention sur les deux pivots de suspension qui permettaient d’incliner la maquette pour les besoins de l’enseignement.

Les maquettes avaient également des fonctions techniques pour guider les charpentiers.

A côté, un modèle de 1755 fabriqué par Augustin Pic : il s’agit d’une coque de vaisseau sans mât ni voile présentant une grande richesse de détails et des décors soignés. Ouverte sur une moitié, elle permet d’observer la structure et l’organisation interne du navire.

La maquette du vaisseau Ville de Dieppe sous globe, reproduit à l’identique en ivoire sculpté, attire notre regard. Odile évoque le musée de l’Ivoire à Dieppe qui possède la plus grande collection française d’objets en ivoire.

Des bateaux en bouteilles représentent un artisanat miniaturiste du 19ème siècle développé par les marins de commerce embarqués pour de longs mois sur les voiliers cap-horniers.

Des modèles de pontons (prison flottante), vieux navires démâtés, ancrés au bord des côtes étaient utilisés par les Anglais pour garder les marins français et également par les révolutionnaires français pendant la Terreur.

De nombreuses peintures du musée illustrent les batailles maritimes, les tempêtes et les naufrages.

Le titre de peintre officiel de la Marine ne donne droit à aucune rétribution mais accorde certains privilèges dont celui de faire suivre sa signature d’une ancre de marine.

Le tableau de Théodore Gudin, Entrée du port du Havre introduit la thématique « En passant par Le Havre : les routes de la consommation. Évocation des multiples activités portuaires, de la pêche, des routes maritimes de la consommation à travers l’exemple du café et de la traite négrière. Les énergies de la mer ne sont pas oubliées.

La navigation de plaisance et les compétitions sportives témoignent de l’essor des pratiques nautiques.

Les voyages à bord des bateaux de croisière comme le paquebot Normandie lancé en 1935 qui représente une prouesse technique et un chef-d’œuvre de l’Art Déco se développent.

Conçu comme un véritable palais flottant les passagers retrouvent le luxe des grandes Maisons françaises comme Christofle, Lalique et Haviland.

Il décroche le ruban bleu de la Transatlantique remit au navire le plus rapide du monde à son arrivée à New-York.

Il reste avec le France lancé en 1962 dans la mémoire collective comme symbole de prestige.

Un espace est dédié à l’évolution des instruments de navigation : octants, sextants, cartes, boussoles, chronomètres ou montres de marine jusqu’aux récepteurs de navigation par satellite.

Deux célèbres horlogers Ferdinand Berthoud et Abraham-Louis Breguet se succédèrent à la fonction d’horloger de la marine.

En 1806, Napoléon souhaitant un programme de balisage des côtes françaises et un service de surveillance performants créa le Service des Phares et Balises.

La Commission des Phares confie à François Arago, Claude Louis Mathieu et Augustin Fresnel la mission d’améliorer la qualité des feux. Fresnel va révolutionner l’éclairage des phares en utilisant une lentille pour réfléchir la lumière. Les signaux des phares seront visibles jusqu’à 60 km au lieu de 20 auparavant et ceux du monde entier en seront équipés.

Devant nous, se dresse l’imposante optique du phare d’Hourtin en Gironde. Installée en 1894, elle tournait sur elle-même à grande vitesse sur une cuve de mercure et produisait un feu dit « éclair »

Odile nous rappelle l’histoire du plus légendaire naufrage de la marine française, celui de Jean-François de Galaup, Comte de la Pérouse, officier et explorateur. Il était chargé par Louis XVI de poursuivre l’exploration du Pacifique et d’ouvrir de nouvelles routes maritimes.

Sur une carte, nous suivons le trajet de l’expédition de Brest à Vanikoro (îles Santa Cruz) où les deux vaisseaux, l’Astrolabe et la Boussole se brisèrent après un périple de trois années.

En montant à l’échafaud, Louis XVI aurait demandé à ses bourreaux : « A-t-on des nouvelles de Monsieur de Lapérouse ? »

Les épaves retrouvées en 1827 et 1964 ont été formellement identifiées.

Un groupe de figurines bretonnes en céramique formant une procession illustre un ex-voto.

Face aux dangers de la mer, tempêtes, ouragans, combats navals, il faut conjurer le sort avant le départ ou remercier d’une protection divine au retour par une offrande. Ils prennent souvent la forme d’une maquette du bateau, d’un tableau le représentant ou un vitrail.

A l’étage inférieur, nous découvrons les peintures de Joseph Vernet, les Vues des Ports de France, qui ont fait l’objet d’une importante restauration au cours de l’année 2021.

La série de quinze tableaux réalisés par Vernet est une commande de Louis XV pour promouvoir la marine française. Grâce à son observation, le peintre livre un témoignage des spécificités et activités propres à chaque région. Ils racontent l’activité du littoral de la seconde moitié du 18ème siècle à travers les scènes maritimes et portuaires des villes de Bordeaux, Bayonne, Marseille, Toulon, Antibes, Bandol, Cette (ancienne orthographe de Sète), La Rochelle, Rochefort et Dieppe. Treize tableaux sont la propriété du musée et deux sont conservés au Louvre.

Dans une petite salle sont regroupés des dessins et modèles de figures de proue et de poupe en cire ou bois.

Ces pièces étaient présentées au commanditaire qui acceptait ou non le projet avant la fabrication à taille réelle.

                                                                                                                                                                                                                                                                                           

À quelques mètres, des sculptures navales trônent isolées de leur vaisseau tel Henri IV, Abraham Duquesne ou Charlemagne.

Deux pièces historiques complètent la collection, la figure de proue du vaisseau Iéna qui représente Napoléon I en empereur romain triomphant et le magnifique décor de poupe de la galère Réale qui évoque la course du soleil, personnifié par Apollon, au fil des saisons.

La fin du parcours est dédiée à l’évolution de la marine de guerre depuis le 17ème siècle à nos jours, c’est-à-dire du bateau à vapeur au navire à propulsion nucléaire.

Un remarquable canon de 36 livres en bronze fondu en 1680 par Jean Beaubé, maître fondeur nous catapulte à travers les siècles jusqu’à la maquette du porte-avions Charles de Gaulle.

Après cette aventure en mer nous retrouvons la terre ferme pour reprendre nos occupations terrestres.

Texte : Joëlle – Photos : Jocelyne