Nous sommes 20 à attendre devant la boutique des Missions étrangères de Paris notre conférencier Vincent Delaveau.

A son arrivée, nous entrons et nous dirigeons vers la chapelle de l’Epiphanie en réfection, les ouvriers cessent leurs travaux pour nous laisser passer. Installés sur les bancs de la chapelle, Vincent nous raconte l’histoire des Missions étrangères de Paris. Depuis 1638, elles contribuent à l’évangélisation de nombreux pays d’Asie : Thaïlande, Vietnam, Cambodge, Inde, Laos, Japon, Corée, Malaisie, Singapour et Birmanie… en fondant des églises et développant un clergé local sous la juridiction d’évêques.
Le Pape Grégoire XV crée en juin 1622 la congrégation pour la propagation de la foi. La mise en place de cette institution visait à libérer les Missions Etrangères de l’influence des puissances coloniales européennes telles que l’Espagne ou le Portugal.
Alexandre de Rhodes, prêtre jésuite, missionnaire en Cochinchine et au Tonkin est le premier à maitriser le vietnamien ce qui a permis une diffusion rapide de la religion mais aussi de la connaissance du pays.
Bernard de Sainte Thérèse, ancien évêque de Babylone souhaite quant à lui créer un séminaire destiné à préparer les missionnaires ainsi qu’une école de langues orientales. Il cède des biens situés rue du Bac et en 1663, un immeuble est construit au 128 de la même rue.
Quatre évêques, vicaires apostoliques sont désignés : trois pour l’Asie et un pour l’Amérique du Nord. Depuis cette date, 4 500 missionnaires furent envoyés à l’étranger, et aujourd’hui encore les MEP comptent 150 prêtres, 17 séminaristes, près de 100 volontaires envoyés chaque année en Asie et dans l’Océan Indien et 90 prêtres étudiants.

Puis, Vincent attire notre attention sur l’immense tableau accroché sur le côté gauche de la chapelle et intitulé « le départ des missionnaires », exposé au salon de 1868 et signé Charles de Coubertin. On y voit un rite propre à la cérémonie de l‘envoi en mission à travers les siècles telle qu’elle a existé jusqu’au milieu du XXe siècle, la tradition voulait que les Partants -comme on les appelait – reçoivent de la part des présents un baiser sur les pieds. Sur le tableau figurent donc les quatre partants, un zouave, figure emblématique des conquêtes, un vieillard embrassant l’un des prêtres, deux enfants dont Pierre de Coubertin, futur organisateur des jeux olympiques au XIXe siècle et enfin un dernier personnage embrassant les pieds d’un missionnaire.

Puis, nous descendons dans la crypte et nous nous arrêtons devant une table de pierre où sont gravés les noms des martyrs des églises d’Asie dont 23 furent canonisés par Jean-Paul II en 1980. En dessous, se trouvent des caissons de bois où sont placés des reliquaires.
Des laïcs ont subi également des martyrs pas nécessairement liés à la pratique de la religion mais plutôt au contexte économique ou politique de ces pays, par exemple en Chine lors de la révolte des Boxers en 1900 ou lors des guerres de l’opium en 1839 et 1856.
En Chine, 1900 personnes y sont martyrisées, en Corée, en tension avec la Russie et la France, quatre missionnaires sont exécutés en 1866. Vincent Delaveau illustre son propos en nous lisant un texte de Saint Théophane Venard, martyr très admiré de Sainte Thérèse de Lisieux.
Nous nous dirigeons vers la salle des Martyrs, annexe de la crypte. Avant de descendre, notre conférencier nous conseille d’aller admirer les chasses monumentales contenant les reliques des martyrs et plus particulièrement celle de Pierre Dumoulin-Borie fabriquée au Vietnam.

Dans la salle figurent dans différentes vitrines : une impressionnante cangue – carcan dans lequel on engageait le cou et les poignets du condamné – des vêtements, dont la tunique de Théophane Venard exécuté en 1861 et des objets religieux (crosse, chapelets, étole) ayant appartenu aux missionnaires.

Sur les murs, de nombreux tableaux représentent des scènes de persécutions des martyres, en particulier celle de Saint Paul Khoan.

Nous nous arrêtons également devant le tableau de la décapitation de Pierre Dumoulin-Borie. Le bourreau a dû s’y reprendre à sept fois avant de le décapiter.

Sur un panneau, nous découvrons qu’en arrivant au Vietnam en 1948, le père Henri Petitjean découvre que des chrétiens pratiquaient toujours leur foi, en secret, depuis de nombreuses années.
Nous poursuivons la visite en déambulant dans le jardin à la française d’une superficie d’un hectare, rarissime dans Paris, dessiné par un disciple de Le Nôtre après approbation du maître. Il doit son existence à Bernard de Sainte Thérèse.

Nous longeons deux hôtels particuliers jumelés, construits pour la Société des Missions Etrangères donnant sur les numéros 118 et 120 rue du Bac. Au 118, on devine l’hôtel de Clermont-Tonnerre du nom du propriétaire à la fin du XVIIIe siècle. François-René de Chateaubriand s’est installé dans l’hôtel du 120 en 1838 et y meurt en juillet 1848.
Nous parcourons les allées jusqu’ à l’oratoire, construit en 1844. Les aspirants aux missions étrangères venaient y prier chaque soir pendant un mois avant leur départ.

A côté de l’oratoire, se trouve une stèle offerte par la cathédrale de Séoul à l’occasion de la canonisation des martyrs de Corée en 2003 mais aussi des statues du Christ, de Saint Pierre et Saint Joseph, une cloche chinoise portant une inscription en chinois indiquant qu’elle était dédiée à une déesse bouddhique et on trouve même des ruches.

Vincent indique, à propos des plantes, que le Muséum d’Histoire Naturelle rétribuait les missionnaires qui rapportaient des plantes et graines en France.


Vincent Delaveau, avant de nous quitter, nous accompagne jusqu’à l’exposition « Destination Asie, un voyage missionnaire en brique Lego », que nous ferons seuls. Quatorze maquettes en briques Lego nous font voyager du Japon à Madagascar en passant par la Chine, le Cambodge, l’Indonésie, l’Inde… Un itinéraire en 12 pays à la découverte des cultures, religions et peuples de ce continent.

Nous terminons cette visite pour treize d’entre nous au café d’en face, les autres repartent chez eux.
Texte : Danielle & Denise – Photos : Denise & Jocelyne

