Nous sommes vingt à attendre, au soleil, l’heure de la visite pour entrer dans le bâtiment futuriste des Archives Nationales de Pierrefitte.

Lauriane, notre guide conférencière nous accueille dans le hall et nous demande de nous diriger vers la maquette du site.

Elle se propose de nous raconter l’histoire de l’édifice.
L’édification d’un nouveau bâtiment des Archives nationales à Pierrefitte-sur-Seine, en Seine-St-Denis, a été décidée en 2004 par le président Jacques Chirac. En 2005, l’architecte Massimiliano Fuksas est désigné comme lauréat du concours d’architecture. François Hollande l’inaugure le 11 février 2013.
Ce bâtiment de 38 m de haut et de 160 m de long, en partie couvert d’aluminium anodisé sans ouverture (pour une conservation maximale), a été réalisé pour assurer la conservation et la communication des archives des administrations centrales de l’État postérieures à la Révolution française et des archives privées d’intérêt national. Comptant 66 000 m² de superficie utile et 320 km linéaires de magasins d’archives, ce site est le plus grand centre d’archives d’Europe.

La construction est constituée de deux types de bâtiments distincts :
– un bâtiment pour les locaux administratifs, les espaces de conférence, les accueils du public. Il est tourné vers la ville et la zone pavillonnaire.
– un autre bâtiment qui semble tourner le dos à la zone des Tartres (nouveau quartier à cheval sur les communes de Pierrefitte et de Stains) accueille lui la salle de lecture et les espaces dédiés à la conservation des documents d’archives.
Puis, elle nous montre, toujours sur la maquette, une tour qui n’existe pas encore, en cours de construction et qui devrait être achevée en 2030.
Lauriane nous entraine dans les magasins du bâtiment afin de nous montrer toutes les étapes que doit franchir une archive à son arrivée. Le camion d’archives d’un ministère entre dans le bâtiment dépose ses archives dans une salle tampon. Pourquoi ? Marie-Thérèse répond simplement que le papier contient parfois des maladies : champignons, moisissures, poissons d’argent, mites…. Une quarantaine est donc obligatoire.
En chemin, nous sommes surpris de voir une plaque « Aux pompiers morts au feu ». Elle explique que l’implantation d’archives nationales sur un territoire implique qu’une caserne de pompiers soit proche. Or à Pierrefitte, il n’avait aucune caserne, les pompiers se sont donc installés dans l’immeuble, le temps de la construction d’une caserne à proximité. Autre obligation, une université doit être également à proximité ce qui est bien le cas avec l’université-Saint-Denis, juste en face des Archives Nationales.
Puis, nous entrons dans le magasin d’archives, celui de l’Aménagement du territoire en l’occurrence. Notre conférencière rappelle que les Archives Nationales sont placées sous la direction du ministère de la Culture et qu’environ 500 personnes y travaillent : des archivistes, magasiniers, photographes, restaurateurs, médiateurs culturels, corps auquel elle appartient en qualité de contractuelle.


Elle rappelle les quatre missions des archives nationales : collecter, classer, conserver, communiquer. Dans cette salle ou plus justement dans ce magasin, on trouve dossiers, rouleaux, boites et même un compactus « identique à celui de la Caf » pour un gain de place.
Quelles archives sont conservées à Pierrefitte ? Les archives des administrations centrales de l’Etat, les minutes des notaires de Paris et des fonds privés d’intérêt national. Également, les archives des institutions et des services de l’Etat de la Révolution française à nos jours : présidence de la République, ministères (sauf Défense, Affaires étrangères, Economie et finances), grandes institutions publiques, fonds d’origine privée de l’ancien Régime à nos jours : personnalités, familles, associations, presse, etc…
Quant aux archives départementales et communales notamment les registres d’Etat Civil, les minutes des notaires de province, les délibérations des communes sont conservées par le département ou la commune.
Certains ministères comme les Affaires étrangères, Armées, Economie et finances, communiquent eux-mêmes leurs archives. Toutefois, les archives du secrétariat d’Etat de la Marine avant la Révolution et les correspondances consulaires sont consultables aux Archives Nationales, sur le site de Paris (hôtel de Soubise).
D’autres documents sont conservés sur d’autres sites des Archives Nationales : celles des anciennes colonies françaises et de l’administration coloniale se trouvent aux Archives d’Outre-Mer à Aix en Provence, tandis que celles d’entreprises et d’associations sont conservées aux Archives nationales du monde du travail à Roubaix.
Lauriane nous explique le mode de classement des archives – notamment celui des boites (type boite à chaussures) qui peuvent résister trois heures au feu – : une lettre indique leur provenance (A, B, C, CC, D, F…) et une pastille de couleur indique l’étage du magasin de conservation. Elle en profite pour nous préciser que deux hommes politiques, un de droite, l’autre de gauche, sont les seuls à communiquer leurs archives privées : Dominique de Villepin et Lionel Jospin.
Plus, elle évoque la déclassification des archives : le seuil final et définitif est fixé à 100 ans après la production du document. Toutefois, après 25 ans, la déclassification est examinée.
Elle nous entraine ensuite vers la salle de lecture.

Pour consulter des archives, il faut s’inscrire sur internet afin de recevoir un numéro de lecteur. La carte de lecteur est gratuite et renouvelable chaque année. Une réservation, la veille est nécessaire et la demande de consultation ne doit pas dépasser 10 documents à la journée. En accédant à son espace personnel, il est possible de réserver les documents, de commander une reproduction, une dérogation, une autorisation.
Notre conférencière nous propose de voir l’exposition permanente. Nous déambulons dans cette exposition intitulée « Les Archives explorent le temps ».
Enveloppant la salle d’exposition, une grande frise chronologique présentant des images en abondance, évoque l’évolution des supports des archives de l’Antiquité à nos jours. Au milieu sont disposés des îlots qui illustrent des sujets variés, des techniques de conservation différentes comme ces deux capsules contenant chacune 100 millions de copies encodées sur ADN de la déclaration de l’homme et du citoyen à la déclaration des droits de la femme d’Olympe de Gouge.

Dans ces vitrines sont exposées des copies appelées fac-similés afin de protéger les originaux de la lumière.
Un dessin de Jeanne d’Arc attire notre attention, c’est le portrait imaginaire de la Pucelle figurant sur le registre du Parlement de Paris du 10 mai 1429 réalisé par le greffier Clément de Fauquembergue.

Nous nous arrêtons longuement devant l’îlot relatif aux archives privées. Emotion devant le petit papier jeté d’un train en partance pour Auschwitz, par une jeune fille qui griffonna un mot à son père. Le document arrivera à bon port chez son père en Bretagne : « mon petit papa chéri… »

Autre archive privée, le journal intime d’Annie Fratellini. Lauriane précise que le fonds de la famille outrepasse la seule histoire familiale. Il documente sur près d’un demi-siècle (1882-1981) l’évolution des circassiens. Annie Fratellini et Pierre Etaix avaient créé, il y a plus de 40 ans, l’école nationale du cirque et s’installaient à La Plaine Saint Denis. A sa mort, Annie Fratellini donne aux Archives Nationales, celles de la famille en remerciement au département qui les avait accueillis.

Autre vitrine commentée par Lauriane, une vidéo montrant Marie-Antoinette (jouée par une de ses collègues) encodant un message pour le Comte de Fersen. Elle ajoute, contrairement aux idées reçues, que la Reine n’était pas futile.
Pour terminer, elle ouvre un des tiroirs où sont conservés, à plat, les dessins des pavillons des pays représentés à l’exposition universelle de 1900.

Pavillon de la Norvège

Pavillon de la Chine pavillon de l’Angleterre

Pavillon de la France
Notre conférencière nous quitte, nous la remercions vivement. Elle nous précise que l’on peut continuer à visiter l’exposition.
A 16h40, nous prenons la direction de la Ferme de Gally à 150 m selon le descriptif de l’office du Tourisme or la distance réelle est beaucoup plus importante environ 1,2 km : trajet difficile pour certains… A l’arrivée, autre déconvenue, la collation prévue est aux « abonnés absents » ! La personne de l’accueil improvise. Quant aux produits frais de la ferme que nous aurions pu acheter, la boutique est fermée le lundi.
Une vidéo permet de s’informer sur le concept de cette ferme urbaine. Certains d’entre nous ferons le tour des différents parcs animaliers : chèvres, moutons, lapins, poules naines, poneys…


Quelques courageux repartent à pied au métro, les autres prennent le bus.
Texte : Jocelyne – Photos : Claude, Nadine, Jocelyne

