Situé dans l’hôtel de police du 5e et du 6e arrondissements, le musée retrace l’histoire de la police parisienne du XVIIe siècle à nos jours à travers la présentation de plus de 2000 œuvres originales et hétéroclites. Le musée étant installé au 3e étage, deux agents d’accueil accompagnent notre groupe de 23 personnes jusqu’au lieu de la visite.

Nous rencontrons notre conférencier dans la première salle qui abrite pour quelques jours encore l’exposition temporaire « Les Brigades centrales de la Préfecture de Police » qui a débuté en novembre 2024. Chacun d’entre nous aura la possibilité de parcourir cette exposition à la suite de la visite commentée au cours de laquelle notre guide nous fera découvrir avec enthousiasme l’histoire de la police depuis le XVIIe siècle.

Le musée de la préfecture de Police a été créé par Louis Jean Baptiste Lépine à partir des pièces réunies pour l’Exposition universelle de 1900 et ce, dans l’optique de rapprocher la police de la population.
Le préfet Lépine (1846-1933) est également célèbre pour le concours des inventeurs qui porte son nom. Inauguré le 20 décembre 1909 au 36 quai des Orfèvres, le musée déménage en juin 1975, au 4 rue de la Montagne Sainte Geneviève.
Les collections du musée ont ensuite été complétées par des acquisitions et des dons réguliers. Deux importantes donations sont particulièrement à souligner : la donation Macé et la donation Péchard.
Toutefois, un grand nombre d’archives ont été détruites lors des incendies allumés pendant la Commune de Paris notamment au cours de la Semaine Sanglante.
En début de visite, notre guide nous raconte l’histoire des premières institutions policières.

Les archers et chevaliers du guet qui constituent la première milice citoyenne urbaine chargée de la surveillance des rues la nuit, n’a pas les moyens nécessaires pour contenir les bandes de malfrats.
À la suite de l’insécurité grandissante et à l’assassinat du lieutenant criminel Jacques Tardieu, ainsi que de sa femme, Louis XIV demande à Colbert de réformer la police parisienne. En 1667, il crée la charge de lieutenant de police qui sera transformée en 1674 pour devenir lieutenant général de police de la ville, prévôté et vicomté de Paris.

Un cadre regroupe les portraits des lieutenants généraux qui se sont succédé de 1667 à 1789, le premier d’entre eux Gabriel Nicolas de La Reynie exerça sa charge durant 30 ans. Il réorganise la police, rétablit l’ordre public, supprime la Cour des Miracles, dote Paris d’un éclairage public, fait paver les rues, met en place un système de collecte des déchets … Grâce à l’ensemble de ses réformes novatrices, Paris deviendra la ville la plus propre d’Europe.
En 1800, Napoléon Bonaparte crée la fonction de préfet de Police incarnée pour la première fois par Louis Nicolas Dubois (1758-1847)

En 1829, sous l’administration du préfet Louis-Marie de Belleyme, un corps des sergents de ville est créé, patrouillant pour la première fois en uniforme. Le chapeau à corne complète la redingote de drap bleue.


Ils prennent le nom de gardiens de la paix en 1870, le képi remplace le chapeau à cornes, le revolver et le sabre baïonnette se substituent à l’épée. 1893, nomination de Louis Lépine qui met en place de nombreuses réformes : il équipe les policiers de bâtons blancs et d’un sifflet, crée la brigade fluviale, fait patrouiller les agents à vélos baptisés « sergents à bécane ou hirondelles » à l’exception du 20ème arrondissement où les rues sont pentues… 20 ans plus tard, Célestin Hennion crée la Direction de la police Judiciaire et celle des Renseignements Généraux.

Une place est également donnée à Eugène-François Vidocq (1775-1875) criminel, bagnard qui devint chef de la Brigade de Sûreté de Napoléon. Son équipe était composée d’anciens repris de justice repentis dont l’expérience permettait de combattre le crime. Personnage complexe, il inspira de nombreux écrivains et cinéastes.
Dans une période où la criminalité explose en France, malfrats et brigands multipliant crimes et meurtres dans les villes ou campagnes, les Apaches terrorisant le Paris de la Belle Époque, Célestin Hennion met en place en 1907 à la demande de Clémenceau des brigades régionales de police mobiles révolutionnaires pour l’époque, les célèbres Brigades du Tigre. Désormais les policiers peuvent troquer vélos Hirondelle ou chevaux pour des automobiles et prendre ainsi en chasse les malfaiteurs.


A la même époque, ces brigades sont progressivement équipées d’un pistolet automatique : le browning FN 1900 moins lourd, plus discret déjà utilisé par les gangsters. Mais ce sont surtout les méfaits de la bande à Bonnot entre 1911 et 1912 qui incitent les autorités policières à augmenter les dotations de cette arme.
La justice d’Ancien Régime initiée par la royauté vise avant tout à maintenir l’ordre social et à impressionner le public.

La prison est plutôt utilisée pour détenir les accusés avant leur procès mais non comme une peine sauf pour emprisonner quelqu’un sans jugement, par lettre de cachet, symbole des abus du pouvoir royal. Avant le prononcé de la sentence, ils subissent des interrogatoires musclés pour les faire avouer telle la question ordinaire suivie ensuite par la question extraordinaire pour obtenir des aveux plus complets… Les délits étaient quant à eux sanctionnés par le pilori, le fouet, l’amende ou le bannissement.
Notre conférencier enchaine sur une rétrospective de quelques crimes et châtiments sous l’ancien régime. L’assassinat d’Henri IV régicide, sévèrement puni : Ravaillac fut supplicié et sa famille bannie du Royaume de France. Ses frères et sœurs furent contraints de changer de nom sous peine de mort. Les empoisonnements multiples et notamment la célèbre affaire des poisons sous le règne de Louis XIV, la marquise de Brinvilliers qui, condamnée dans un premier temps par contumace, sera décapitée à l’épée place de Grève.
La Révolution met fin à ce système et l’Assemblée Constituante abolit toute forme de torture. A partir de 1792, le Comité de Sûreté Général et le Comité de Salut Public s’emparent du pouvoir réel et la guillotine fonctionne sans discontinuer.

Tenant son nom du docteur Guillotin qui la fit adopter par l’Assemblée Constituante, la guillotine fut conçue par le docteur Antoine Louis. Alors qu’une reproduction de celle-ci est exposée, une vitrine abrite une authentique lame de la guillotine utilisée place de Grève. L’abolition de la peine de mort est votée en 1981 sous l’impulsion du ministre de la Justice Robert Badinter qui fit son entrée au Panthéon le 9 octobre 2025.
Puis, il poursuit par une succession de grands noms du crime, des attentats et assassinats politiques : Henri Desiré Landru, célèbre tueur en série entre 1912 et 1922. Marcel Petiot, autre criminel en série sous l’occupation. Violette Nozière, jeune parricide de 18 ans des années 1930, condamnée à mort dont la peine fut commuée en travaux forcés à perpétuité. Libérée en 1945, elle fut graciée la même année par le Général de Gaulle et réhabilitée en 1963.
Une réplique de la machine infernale utilisée par Giuseppe Fieschi pour un attentat contre Louis-Philippe en juillet 1835.

Une sorte de mitrailleuse, une arme à feu, composée de 25 canons de fusils reliés entre eux sur un tréteau, tirant simultanément. Bilan 18 morts dont 13 tués sur le coup. L’assassinat du président Sadi Carnot en 1894 par un anarchiste italien Sante Geronimo Caserio. L’affaire Stavisky illustre une des grandes escroqueries. S’appuyant sur le système Ponzi, Serge Alexandre Stavisky (1886-1934) est l’auteur du scandale financier qui mit en péril la IIIe République.
Un hommage est rendu au commissaire divisionnaire Marcel Guillaume (1872-1963) qui fut entre 1930 et 1937, le chef de la fameuse « Brigade Spéciale » au 36 quai des Orfèvres. Il conduisit entre autres de nombreuses affaires comme celles de la bande à Bonnot, Landru, l’assassinat du Président Paul Doumer en 1932 ou le crime de Violette Nozière l’année suivante. Il a inspiré Georges Simenon pour créer le personnage du Commissaire Maigret, héros de roman policier.
Pendant l’occupation et la collaboration, la préfecture de Police est particulièrement surveillée par les services allemands, vichystes et collaborationnistes. La majorité des policiers obéissent au régime de Vichy mais plusieurs font le choix de résister. Dès l’été 1940 des premiers réseaux de résistance policière s’organisent puis début 1943 trois grands réseaux de résistance émergent au sein de la Préfecture de la Police : Honneur de la Police, le Front National de la Police et Police et Patrie auxquels s’ajoute le réseau sécurité parisienne des pompiers de Paris. Ils regroupent entre 2500 et 3000 agents. Le 19 août 1944, plus de 2000 policiers en armes prennent la caserne centrale de la préfecture de Police sur l’île de la Cité et la transforment en premier bastion de la Libération dans la capitale et résistent plusieurs jours. A la Libération, le général de Gaulle attribue la Légion d’honneur à la préfecture de police de Paris, raison pour laquelle la tenue d’apparat est rehaussée de la fourragère rouge.
La fin du parcours est consacrée à la police technique et scientifique dont le premier laboratoire de police scientifique au monde est fondé à Lyon en 1910 par Edmond Locard (1877-1966). On retrouve dans cet espace la reconstitution de l’atelier d’Alphonse Bertillon qui crée en 1882 un système de mensurations anthropométriques inspiré des travaux du criminologue italien Cesare Lombroso (1835-1909). Le « bertillonnage » pose les bases de l’identification judiciaire permettant ainsi de reconnaître et confondre plus facilement les criminels récidivistes. Cette méthode sera complétée en 1894 par la dactyloscopie (procédé d’identification par les empreintes digitales).

Depuis le milieu des années 1980, l’analyse d’ADN est utilisée dans les enquêtes de police. C’est en 1987, au Royaume-Uni, que la première affaire fut résolue grâce à l’ADN. Le FNAEG, fichier national automatisé des empreintes génétiques, est créé en 1998. Des recherches scientifiques démontrent que l’on peut déduire certaines caractéristiques physiques d’une personne à partir de l’ADN. Les scientifiques espèrent à terme pouvoir établir un portrait-robot génétique plus précis.

Les techniques les plus récentes de la police scientifique et les protocoles d’observation des scènes de crime n’auront plus de secret pour vous.
Tout au long du parcours, nous pouvons voir dans les vitrines des pièces à conviction, des documents divers, armes, uniformes. Nous nous attardons devant celle qui contient le drone qui a survolé Notre Dame lors de l’incendie permettant aux pompiers d’évaluer les dégâts.

Cette visite nous aura permis de mieux comprendre comment la police parisienne s’est adaptée sur plus de quatre siècles aux évolutions de la société et de l’espace urbain pour assurer le maintien de l’ordre. La visite s’achève et spontanément nous applaudissons tous notre conférencier, vraiment exceptionnel !

Et comme d’habitude, nous nous retrouvons au café pour déguster des boissons chaudes.
Texte : Joëlle – Photos : Christiane & Jocelyne

