JOURNEE A MILLY LA FORET – Jeudi 11 juin 2026

Le ciel bleu de bon augure laisse espérer que la journée sera ensoleillée et le groupe de 23 amicafiens embarque, place d’Orléans, dans le car qui nous conduira dans le bois des Pauvres de Milly la Forêt.

    

Arrivés sur place, une petite marche dans la forêt nous permet de rejoindre la clairière où se trouve le Cyclop, sculpture monumentale de 22,50 mètres de haut et de 350 tonnes d’acier, réalisée par Jean Tinguely (1925-1991) avec le concours de sa femme Niki de Saint Phalle et de leurs amis artistes : Bernhard Luginbühl, Rico Weber, Daniel Spoerri, Jean-Pierre Raynaud, César, Arman, Eva Aeppli, une quinzaine environ.

  

                                                         

A dix heures, nous pénétrons sur le site. Notre guide, Morgane nous accueille et nous explique le déroulé de la visite. Dans un premier temps, elle nous racontera l’histoire de cette monumentale sculpture, puis nous explorerons la tête du Monstre de l’extérieur et pour terminer nous entrerons dans la tête du Cyclop.

Sur le côté droit du Cyclop, nous nous arrêtons devant ses cheveux qui servent de contrefort, puis devant l’Oreille du monstre. Cette partie de la sculpture a été réalisée par le sculpteur suisse Bernhard Luginbühl. L’Oreille oscille lorsque le système interne de la sculpture est activé.

L’entrée principale se situe au dos du Cyclop. Elle est accessible par une porte, très lourde, de forme ronde, imaginée par Luginbühl, semblable à la porte d’un coffre de banque Suisse !

Au-dessus de cette entrée est visible un gros tuyau, un conduit d’aération du Centre Pompidou que Pontus Hultén avait donné à Tinguely.

Notre guide nous invite à pénétrer dans le « monstre » et nous rappelle qu’il est interdit de prendre des photos et que nous devons déposer nos sacs à main ou à dos sur une plateforme au 1er étage, endroit parfaitement sécurisé.

Nous gravissons les marches irrégulières pour accéder à la « bouche », espace réservé aux enfants pendant la construction, ils pouvaient emprunter la langue « toboggan », sans miroir à l’époque et taper sur une batterie de différents instruments. Morgane invite l’une d’entre nous à venir en jouer, Jeannette s’improvise « batteuse »…

Le premier étage possède un carrelage en damiers noir et blanc réalisé par Niki de Saint Phalle qui rappelle le drapeau à damiers des circuits automobiles que Jean Tinguely affectionnait.

Dans une niche, se trouve une représentation moléculaire de la pilule abortive RU 486 mise au point par le professeur Baulieu et sur un autre mur, nous découvrons un faux compteur électrique, cet endroit est particulier.

Au deuxième étage, se trouvent une œuvre de Niky de Saint Phalle « le jardin des tarots » réalisée avec des morceaux de céramique et de verre et une machine « la méta-harmonie » composée de roues de tailles différentes mises en mouvement par des moteurs. C’est l’organe, le cerveau de la machine d’où part toute l’animation de la sculpture. Il s’agit d’un circuit dans lequel tombent des boules en inox de 35 cm de diamètre qui parcourent toute l’architecture. Cet immense rouage entraîne le mouvement des différents éléments mobiles du Cyclop (Oreille, sièges du théâtre). L’ensemble crée un son sourd et retenu, rehaussé de coups plus stridents, c’est assourdissant et très impressionnant.

Enfin, au troisième étage, un petit théâtre a été installé. Sur la scène se joue l’histoire d’un amour entre un marteau et une dame Jeanne. Tous les éléments sont bien sûr en métal sauf la bouteille !

Nous redescendons par un escalier très étroit après avoir jeté un coup d’œil au wagon suspendu en hommage aux déportés d’Eeva Aeppli. C’est le seul élément de la structure ayant nécessité la location d’une grue.

Pour terminer la visite, Morgane nous explique le mécanisme d’apparition de l’affichage à l’entrée du Cyclop, malheureusement en panne ce jour. Au moment de la donation du Cyclop à l’Etat, Philippe Bouveret conçoit une œuvre teintée d’humour et ré-activable pour commémorer l’événement : Le Tableau générique, il s’agit d’un «aquarium plat » encastré dans un cadre métallique. L’insertion d’un cachet d’aspirine dans la fente de monnayeur puis l’activation d’une manette permettent à l’œuvre de prendre vie. Après dissolution du cachet, apparaît une plaque commémorative sur laquelle on peut lire : « Le Cyclop sculpture commencée en 1969, donnée à l’état en 1987, inaugurée en 1994 par Monsieur François Mitterrand Président de la République et Monsieur Jacques Toubon Ministre de la culture ». La plaque disparaît ensuite comme elle était apparue.

Après un passage à la boutique, nous regagnons le car pour aller déjeuner au restaurant « Au passé retrouvé ».

 

Nous retrouvons Jacqueline et Yves venus nous rejoindre en voisins, dans ce petit restaurant, proche de l’église et du lavoir qui nous propose un menu simple mais bon : salade de chèvre chaud à la provençale, sauté de porc à la moutarde à l’ancienne et fromage en faisselle et coulis de fruits rouges.

 

 

VISITE DE LA MAISON DE JEAN COCTEAU 

 Après le repas, nous empruntons une petite rue pittoresque qui nous mène à la maison de Jean Cocteau (1889-1963)

Cette demeure a été le domaine du poète, artiste aux multiples talents, graphiste, dessinateur, dramaturge et cinéaste, il y a écrit une partie importante de son œuvre.

En 1947, il achète, avec Jean Marais, cette « Maison du Bailli » ancienne dépendance du château de la Bonde, entourée de jardins et de douves formant un cours d’eau qui traverse la propriété.

Il y résidera durant 17 ans, d’abord occasionnellement, puis définitivement à partir du moment où il se lie avec Édouard Dermit, son nouveau compagnon.

Notre guide nous entraine dans la visite de la maison.

La demeure est constituée : au rez-de-chaussée, de la vaste cuisine avec une table carrelée cachant une chaudière, de la petite salle à manger où l’on trouve un portrait de Cocteau dessiné par Buffet et de l’entrée avec un élément de manège servant de porte-manteaux. On trouve la chambre et le bureau au premier étage. Ils sont tels que Cocteau les a laissés à sa disparition, avec meubles, objets de décoration, photographies, manuscrits, lettres, journaux…

Cocteau pouvait fumer jusqu’à 30 pipes d’opium par jour, opium qu’il dissimulait dans la patte de rhinocéros, le hibou et la tête du mouflon. Notre guide précise que cette addiction a conduit Jean Marais à quitter Cocteau.

Dans la chambre, Cocteau a accroché les portraits de ses êtres chers : celui de sa mère, celui de Raymond Radiguet (1903-1923), son seul vrai amour nous précise notre guide. Nous y admirons la fresque murale réalisée par Jean Marais.

Cocteau y meurt le 11 octobre 1963.

Édouard Dermit,  fils adoptif de Cocteau, légataire universel, l’habite et la conserve en l’état jusqu’à sa disparition en 1995. A la mort de son père, Stéphane Dermit, également petit-fils de Jean Cocteau, en devient le conservateur.

Pierre Bergé, président de l’Association maison de Jean Cocteau achète la demeure en 2002 avec l’aide du conseil général de l’Essonne et du conseil régional d’Île-de-France, et lance une importante campagne de rénovation entre 2005 et 2010. Le musée est inauguré par Frédéric Mitterrand, ministre de la Culture et ouvre au public fin juin 2010.

 

VISITE DE LA CHAPELLE SAINT BLAISE DES SIMPLES

Notre journée s’achève par la visite de la chapelle Saint Blaise des Simples.

Pour cette visite, il n’y a pas de guide, un dispositif particulier est proposé. Le groupe entre dans l’édifice et dès que les portes sont refermées, les lumières s’allument et c’est la voix de Jean Marais qui commente.

La chapelle Saint-Blaise-des-Simples est une chapelle de culte catholique, dédiée à l’évêque et médecin saint Blaise.  Elle est l’unique vestige d’une maladrerie du XIIe siècle. Saint blaise ayant la réputation  de guérir par les plantes médicinales, appelées « simples ». Au XVIIIe siècle, la léproserie tomba en ruine, il ne subsistait que la chapelle.

Sollicité par les élus de Milly la Foret, lors de sa restauration entreprise en 1959, Cocteau accepte de la décorer, dessine les vitraux et les fresques murales.

C’est une profusion de dessins de plantes couvrant les murs latéraux de la chapelle : aconit, arnica, belladone, colchique, menthe, renoncule, valériane…

Au fond de la nef, au-dessus de l’autel, figure un Christ ressuscité accompagné d’un ange et de trois soldats. Dans un triangle évoquant la trinité, la tête du Christ et, de chaque côté, des fourches faisant office de bougeoirs.

Les vitraux ont été réalisés en Allemagne d’après des dessins de Cocteau et offerts par Arno Brekerr.

Nous remarquons aussi un très beau buste en bronze de Cocteau et également offert par le sculpteur allemand Arno Breker.

Au milieu se trouve la pierre tombale de Jean Cocteau et d’Edouard Dermit.

Cocteau voulait être enterré dans ce lieu, son corps fut transféré en 1964 dans la chapelle. La  pierre tombale a été offerte par Francis Palmero, sénateur-maire de Menton, Jean Cocteau étant citoyen d’honneur de cette ville.

Cocteau avait également demandé que l’on grave cette épitaphe portant son écriture « Je reste avec vous ».

En 1964, La chapelle est inscrite à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques depuis le 17 février 1982, puis finalement classée en mai 2015.

La chapelle est entourée d’un jardin présentant les plantes médicinales dans lequel nous déambulons en s’interrogeant sur certaines plantes inconnues.

Après la restauration de la Chapelle, c’est le jardin qui a fait l’objet d’une restauration et d’une replantation complète depuis le mois d’avril 2026. Le jardin va progressivement retrouver ses couleurs et ses senteurs.
Ces travaux ont été assurés par le Conservatoire des Plantes de Milly-la-Forêt.

Après cette agréable journée, nous devons reprendre le car pour rentrer sur Paris, nostalgiques de cette « journée à la campagne ».

Texte : Danielle – Photos : Christiane, Jeannette & Jocelyne