Nous nous retrouvons à la sortie du métro Nationale, nous ne sommes que 14 à entreprendre la visite de ce musée à ciel ouvert qu’est devenu le boulevard Vincent Auriol.
Notre conférencier Vincent Delaveau nous entraine dans le square de la raffinerie Say. Il nous dresse un bref historique du mouvement street art en France : inspiré des graffitis, des tags des années 70 aux USA
Depuis plusieurs années, la galerie Itinerrance, en partenariat avec la Mairie du 13e en la personne de Jérôme Coumet, est à l’initiative de la création de ce véritable musée à ciel ouvert dont le directeur est Medhi Ben Cheikh. Sa passion pour le street art le pousse constamment à innover et à proposer aux artistes des projets inédits pour sublimer leurs pratiques de la rue à la galerie.

Puis, il nous décrit la première fresque du parcours, intitulée Turncoat, réalisée par D*Face, inspirée des comics des années 50.

C’est le portrait d’une femme seule, en plan rapproché, de trois quarts, elle est en colère et seule, elle montre qu’elle n’est pas vulnérable. Les lèvres de la femme, d’un rouge électrique, marquent sa vitalité. Dans ses cheveux, on remarque une aile blanche, signature de l’artiste.

Nous quittons le square, nous empruntons l’allée Django Reinhardt et découvrons un superbe trompe-l’œil, sur le pignon d’un immeuble, d’un artiste russe de son vrai nom Danila Shmelev, dit Shozy. L’illusion est totale, l’effet 3D nous donne même l’impression que les fenêtres rouges se détachent de la façade.
Nous ressortons rue du Château des Rentiers et en levant le nez, Vincent nous indique une fresque très onirique, intitulée « Petit Prince » de l’artiste breton Yann Métivier alias PakOne.

Elle représente un » Sakura « sorte de cerisier japonais en fleurs, qui tente de s’extraire d’un milieu néfaste pour lui : béton et cadre déprimant de la ville tandis que, sur une balançoire, un jeune homme » le Petit Prince » joue et semble indifférent à ce qui se passe.
Retour sur le boulevard Vincent Auriol au n°171

L’artiste Cryptik a investi une façade d’immeuble située au-dessus de la librairie Maruani. Cette œuvre en écriture latine calligraphiée met à l’honneur la poésie, en reproduisant les vers d’un poème de William Saroyan. L’artiste américain d’origine coréenne a tracé sa fresque au pinceau directement sur le mur. Vincent nous résume le poème : « la vie n’est pas si longue, profite de la vie… »

La fresque « Les Perdrix » réalisée par l’artiste brestois Wen2, de son vrai nom Gwendal Huet se trouve également au 171.
Surnommée par les riverains « Le phare du 13ᵉ « , cette fresque s’inspire du phare dit « La Tourelle des Perdrix » de Loctudy dans le Finistère. On y trouve donc un phare, une cabane de pêcheurs. Le tout, posé sur un rocher, semble suspendu.

A côté, la fresque « Sun Daze » réalisée par How Nosm, de leurs vrais noms Raoul et David Perre, Vincent nous invite à repérer la silhouette d’un homme perdu au milieu des fleurs et dont la tête est tournée vers le soleil.

A cette même adresse, sur l’une des façades de la librairie Maruani, une fresque d’une geisha, réalisée par Hosh, artiste britannique. Le personnage semble triste, le regard tourné vers le sol, contraste avec les couleurs éclatantes de sa robe.

Le groupe redescend à la hauteur de la station de métro Nationale, Vincent nous décrit la célèbre fresque du Chat Bleu, œuvre monumentale de C215 de son vrai nom Christian Guémy. Cet artiste est un pochoiriste. Le chat est son animal totem, présent dans ses œuvres depuis ses débuts.

Un peu au-dessus, la fresque la plus connue de Paris créée par Shepard Fairey dit Obey, au lendemain des attentats du 15 novembre 2015. Elle a été détériorée en décembre 2020 et Obey ne se résout pas à la laisser en l’état et la restaure. Notre conférencier nous demande une nouvelle fois de bien l’examiner notamment les deux cordons bleu et rouge placés de chaque côté de la fresque. Dans le bleu, on peut y voir le symbole « Peace and Love » et dans le rouge, le portrait d’un catcheur français André Roussimof très connu aux Etats Unis.
Le groupe se déplace ensuite vers la place Pinel où nous allons découvrir pas moins de cinq fresques.

A l’angle du boulevard Vincent Auriol et de la place Pinel, s’élève une fresque gigantesque « la jeune graffeuse » de Bom.K (Bombing Kila). La fillette munie de gants roses est en train d’utliser une bombe aérosol. Une souris sur son épaule boit du thé dans une tasse portant l’inscription « j’aime Paris ». A ses pieds, un petit robot jaune, sans doute son animal de compagnie, où figurent les intiales DMV d’un groupe de graffeurs.

Sur la place Pinel, du nom de ce médecin, Philippe Pinel, où se trouve son portrait réalisé par Jorge Rodriguez-Gerada, hommage à ce précurseur de la psychiatrie moderne qui libéra les malades de leur chaine. Sa statue a été déplacée de l’entrée de la Salpétrière au milieu de la place.

A quelques mètres, autre fresque « l’amour ne nous séparera pas », de l’artiste anglais D*Face de son vrai nom Dean Stokton. Ici, il veut évoquer les personnes que l’on a aimées et perdues mais surtout le côté positif de l’amour mais aussi de la mort. Son style s’inspire fortement des comics des années 50 et également du travail de Roy Lichtenstein. Et là encore, nous remarquons sa signature, la petite aile blanche.

Toujours autour de la place Pinel, la fresque « The project » réalisée par un duo d’artistes tunisiens ST4 formé de Mohamed Sadok Kael et de Yassin Bouzid, il s’agit d’une œuvre monumentale qui s’inspire de la calligraphie arabe mais sans signification, c’est une pure abstraction où se mêlent le noir, le rouge et le rose.

Pour terminer sur cette place à l’angle de la rue Esquirol, nous découvrons le portrait d’Evelyn Nesbit, célèbre danseuse de revue américaine du début du XXe siècle, connue pour avoir été une des figures des « Gibson girls ». Cette fresque a été créée par la pochoiriste espagnole BTOY (Andrea Michaelsson).
Nous nous engageons dans le square Gustave Mesureur pour déboucher rue Jeanne d’Arc où se trouvent là encore quatre autres fresques.

Dans ce jardin, Vincent attire notre attention sur l’immeuble du 10 place Pinel, côté square, sur une fresque semblable à celle du côté place. El Seed, artiste franco-tunisien propose comme le duo ST4, une calligraphie arabe mêlant aussi les mêmes couleurs.

Avant de sortir du square, nous remarquons une seconde fresque de geisha de Hosh et sur la droite et en hauteur, une mosaique qu’ Invader a réalisé, cette fois, avec l’autorisation de la Mairie du 13e.

Le groupe emprunte la rue Jeanne d’Arc, à gauche, jusqu’au n°110. « Les photographes urbains » est une fresque de Jana & JS, duo composé de Jana, artiste autrichienne et de Jean-Sébastien, artiste français. Ils sont connus pour leurs fresques polychromes realisées à partir de la technique du pochoir qu’ils développent exclusivement sur la base de leurs propres photographies

Un peu plus bas, au n° 107, une fresque rend hommage au dessinateur et caricaturiste Tignous, tué lors l’attentat au journal Charlie Hebdo, réalisée par Nilko (Nilko Loveletters). Il s’est inspiré de la bande dessinée « Pandas dans la brume » de Tignous, publiée après sa mort, en soutien au mouvement WWF.
Toujours dans le même groupe d’immeubles, deux autres fresques.

L’artiste Julien Malland alias Seth a peint une fresque « le bambin en short » en anamorphose s’étalant sur deux façades. L’enfant sur la pointe des pieds regarde le soleil. Vincent nous propose de la revoir lorsque nous serons au bout de la rue pour mieux apprécier l’effet anamorphose.

Sur le pignon du même immeuble, une fresque intitulée « Et j’ai retenu mon souffle » de FAILE, duo d’artistes américains composé de Patrick Mc Neil et Patrick Miller représente une ballerine suspendue entre ciel et paysage urbain.

En reprenant le boulevard Vincent Auriol, nous apercevons sur la façade de deux immeubles qui se font face, aux numéros 135 et 120, les azulejos d’Add Fuel (Diego Machado) artiste portugais. Le muret du 135 a été complété par de vrais azuléjos contrairement à ceux de la façade réalisés au pochoir.

Toujours au 135, une fresque de D*Face représentant un couple d’amoureux fait écho à celle de la place Pinel mais bien moins inquiétante. La signature de l’artiste à savoir la petite aile blanche est également présente.
A l’angle de la rue Jeanne d’arc et du boulevard, nous nous attardons devant le portrait géant d’une femme de Shepard Fairey (Obey). La fresque « Revolution 2 » représente une femme opprimée qui espère, une des interprétations possibles. Nous remarquons que le muret entourant la terrasse du restaurant asiatique a été recouvert d’azulejos mais cette fois, rouge, rose et blanc en harmonie avec les couleurs de la fresque.

Au début de la rue Jenner, nous voyons de loin une fresque de David de la Mano représentant un visage de profil formé par l’ajout de nombreuses silhouettes. Elle est réalisée à la peinture noire sur fond blanc. Elle est accompagnée d’une œuvre des artistes Coast et Invader. A chacun d’imaginer ce que l’artiste a voulu exprimer !

En redescendant, le boulevard, sur la toiture d’un supermarché, Pantonio (Antonio Cotteira) artiste portugais a réalisé une fresque « Fragile Agile » qui met en scène des oiseaux pleins de grâce et de délicatesse.

Nous terminons par les deux dernières fresques du boulevard, elles se font presque face, celle de Conor Harrington « Etreinte et lutte » et celle de l’artiste chilien INTI (Inti Castro) « la madre secular 2 ».

La fresque de l’artiste irlandais rappelle la peinture baroque par les costumes de ces deux personnages. Notre conférencier nous laisse interpréter la nature de leur échange : conflictuel ou amical…

Quant à celle de l’artiste chilien, il s’agit d’une représentation laïque de la Madone mais surtout d’une référence au scepticisme, au vu de nombreux détails. La Madre tient la fameuse pomme de Newton gravée du G de la gravité, ses mains sont ornées d’étoiles et de planètes, sur son cou figure une carte du ciel et enfin elle porte collier et bracelets composés de petits crânes, le plus inquiétant est la ceinture de cartouches qu’elle porte autour de la taille. Au fil du temps, les couleurs intenses de la fresque se sont délavées.
Il est presque 13h, fin de la visite, nous remercions notre conférencier. Certains reprennent le métro à Chevaleret et d’autres vont déjeuner ensemble dans un restaurant chinois : le canard laqué à la pékinoise est au menu.


Texte : Jocelyne – Photos : Christiane, Jacqueline, Jeannette, Nadine

