Compte tenu des nombreuses inscriptions et de la jauge imposée par le musée des Arts décoratifs, deux groupes ont été constitués, l’un à 11h15, l’autre à 14h00 et bien entendu, deux conférencières de l’établissement ont accompagné les 28 participants, Anja Kornerup-Bang et Xenia Ventikou.

L’exposition Christofle, une brillante histoire, met en scène une sélection de près de 1000 pièces d’orfèvrerie, bijoux, tableaux, dessins et affiches, issus du Conservatoire Bouilhet-Christofle et des grandes collections nationales. Première rétrospective d’ampleur, elle est organisée par le musée des Arts décoratifs qui entretient depuis la seconde moitié du XIXe siècle des liens étroits avec cette maison devenue patrimoniale puisque Christofle est à l’origine de la création du musée des arts décoratifs.
Après un passage aux vestiaires où nous déposons nos vêtements et nous équipons en audiophone, Xenia nous conduit au premier étage, et afin d’éviter le groupe qui nous précède, elle préfère nous raconter la vie de Charles Christofle avant d’entreprendre la visite.

Né à Paris en 1805, dans une famille de fabricants de boutons, il étudie au prestigieux collège Saine Barbe. A seize ans, il devient apprenti bijoutier chez son beau-frère et au début des années 1830, prend la tête de l’entreprise. Il fait prospérer sa production en l’exportant notamment vers l’Amérique du Sud et se spécialise dans le tissage des fils métalliques. En 1840, il s’associe avec son neveu Léon Rouvenat qui reprend progressivement l’activité de bijouterie que Christofle délaisse au profit de l’orfèvrerie.

En 1842, il achète le brevet d’argenterie et de dorure par électrolyse déposé par Henri de Ruolz. Grace au courant électrique, une pièce de métal non précieux peut être recouverte d’une couche d’argent ou d’or. Il détient alors le monopole de cette technique et ouvre une manufacture à Paris, rue de Bondy pour traiter les pièces réalisées par des orfèvres ou des bronziers.
Le XIXe siècle, et en particulier sous le règne de Napoléon III, est propice aux arts de la table dans la haute société. Mais, il faudra attendre 1845 pour que Christofle fabrique ses premières pièces d’orfèvrerie et crée ses propres modèles.
La crise financière de 1929 avec la pénurie de métal et, depuis les années 80, le désintérêt pour ces articles, ébranlent l’existence même de la maison Christofle qui finit par s’adapter avec la fabrication de modèles nouveaux.
La voie est libre, nous suivons le parcours retraçant les différentes fabrications, les différents styles de la maison Christofle.

Notre conférencière nous décrit le surtout (centre de table) livré à Napoléon III pour le palais des Tuileries et attire notre attention sur les déformations et les cloques du métal argenté qui témoignent de la puissance de feu de l’incendie de 1871 qui détruisit les Tuileries.

A côté, une vitrine surprenante où sont accrochés des objets très modernes, notamment une console de jeux vidéo, un gobelet à café ou une surprenante boite à chaussures en argent où sont rangées des baskets.


Les vitrines suivantes renferment des objets réalisés soit par électrolyse, soit par galvanoplastie utilisée sur les bronzes. Cette méthode a aussi des effets bénéfiques sur la santé des bronziers intoxiqués par le mercure qu’ils utilisaient auparavant.

C’est Henri Bouilhet, le neveu qui perfectionne dès 1852, la technique de la galvanoplastie permettant le façonnage du métal au moyen de moules en gutta-percha d’après le procédé du Russe Moritz Von Jacobi et de produire des sculptures, grilles, portes et serrures ainsi que des ornements pour les meubles et les céramiques. Par électrolyse, le cuivre se dissout et se dépose dans un moule pour en épouser tous les détails. Cette coque galvanique n’a plus qu’à être assemblée, puis argentée ou dorée. Creuse, la pièce obtenue est plus légère qu’une fonte de bronze et peut adopter des dimensions monumentales. Un même moule peut être utilisé de nombreuses fois.



Les vitrines suivantes permettent d’admirer les différents styles utilisés par la maison Christofle au fil du temps : néo-grec, orientaliste, japonisant, art nouveau, art Déco.
La technique de l’émail cloisonné où le décor est délimité par des cloisons remplies avec de la poudre d’émail fondue à la cuisson, est largement utilisé pour le style dit orientaliste.

Une vitrine est consacrée au salon d’un collectionneur Cornelius Vanderbilt, propriétaires d’un réseau de chemin de fer. Les torchères, les encoignures et autres objets illustrent l’art de la maison Christofle pour des décors japonisants.

A l’occasion, de l’exposition universelle de 1900 dédiée à l’art nouveau, Christofle présente des formes nouvelles : courges, divers légumes, vases, lampes fleurs, assiettes au décor fleuri.

Un très beau tableau de Jules-Alexandre Grün, intitulé « la fin du souper » représente une table sur laquelle sont disposés service à thé, tasses et jardinières illuminées. La fée Electricité s’installe dans les foyers.
Sous le règne de Napoléon III, le service de la table « dit à la française », soit 5 ou 8 plats sont présentés aux convives, la boisson est servie au verre, le fromage ne figure pas au menu. Xenia en profite pour nous interroger sur cette absence. Elle s’étonne de notre ignorance en tant que français… Depuis le moyen-âge, il est dit que la mastication du fromage stimule la production de salive, ce qui permet en quelque sorte un autonettoyage buccal. Ce flux salivaire augmenté a également pour effet de diluer les bactéries : une double action bénéfique, puisque cela limite les risques de développement de carie.

Le service « dit à la russe » va être novateur car à chaque plat son couvert : à viande, à poisson, à œufs, à escargots, à dessert…
Lors de l’exposition universelle de 1925, la maison s’associe avec Baccarat pour créer des pièces Art déco, mariant argent et cristal. Lors de cet événement, Tony Bouilhet, qui dirigera la maison Christofle entre 1930 à 1969, rencontre Gio Ponti, qui crée ses premières pièces en 1928 avec la complicité de Léo Sabattini, l’orfèvre de la maison. Cette amitié est le point de départ d’une collaboration qui durera plus de cinquante ans. Véritable esthète et amateur d’art, c’est aussi sous « le règne » de Tony Bouilhet que le design scandinave est mis en lumière.

Également sous son impulsion, le magasin parisien se mue en galerie d’art pendant la Seconde Guerre mondiale, et même longtemps après, accueillant les œuvres de Cocteau, Man Ray, Vasarely (dont les assiettes peintes sont exposées). Un regard précurseur qui trouve, des décennies plus tard, un écho dans des partenariats fructueux avec Ora-ïto, Marcel Wanders, Martin Szekely et des interprétations pop (par Pharrell Williams ou encore Karl Lagerfeld) du Mood, ménagère contemporaine au design épuré façon œuf d’autruche, la vente de cet objet relance et sauve la maison.
Service de table créé pour le paquebot » Normandie »

La Tour d’Argent L’Orient Express

Le Concorde
Nous nous dirigeons vers le deuxième étage du musée, réservé à l’activité commerciale de la maison. Sont présentés dans les vitrines : des services à thé classiques ou modernes réalisés en métal argenté traité contre l’oxydation, des reproductions de restaurants, trains ou avions avec des tables avec réchaud incorporé, des presses pour recueillir le sang des canards pour la célèbre recette du canard au sang de La Tour d’Argent, ou un service pour le Ritz ou le Paquebot Normandie appelé Transat, ou un autre pour le train Orient Express et enfin le modèle « Cluny » pour le Concorde.

Renouant avec l’héritage de son fondateur Charles Christofle, la Maison s’affirme à nouveau dans la joaillerie depuis le milieu des années 1980, proposant des bijoux audacieux signés Andrée Putman, Michele Oka Doner ou Mademoiselle Aurélie Bidermann.

Fin de parcours, Xenia attire notre attention sur le lustre conçu avec des couteaux et sur le briquet de table bolide.
Aujourd’hui Christofle est toujours tourné vers le design mais n’abandonne pas pour autant la production de pièces comme des ménagères qui ont fait sa réputation.
Cette exposition est somptueuse et très bien présentée par la conférencière du musée.
Texte : Danielle – Photos : Jocelyne

