Une fois de plus, face aux trop nombreuses inscriptions (32) et en rapport avec la jauge imposée par l’établissement (20), deux groupes ont été constitués, l’un à 10h30 accompagné par Vincent Delaveau, l’autre à 14h30 accompagné par un conférencier de Paris Historique.
Premier groupe :
Deuxième groupe :
Après le contrôle d’identité, nous sommes dans la cour de l’hôtel de Beauvais et Vincent Delaveau en profite pour nous montrer le plan du bâtiment.
L’hôtel de Beauvais est construit entre 1654 et 1660 pour Pierre de Beauvais et son épouse, Catherine-Henriette Bellier, première femme de chambre et confidente d’Anne d’Autriche, le quartier du Marais médiéval peu prisé par l’aristocratie française de l’époque. Il est édifié sur le terrain d’une ancienne maison de ville donnée à l’abbaye de Chaalis au XIIIe siècle.



Antoine Le Pautre, architecte du roi, est chargé de la construction et sait tirer le meilleur profit de la contrainte que représente un terrain irrégulier et enclavé en édifiant un bâtiment original, dont la cour d’honneur, de forme unique, respecte la règle de la symétrie, quitte à dessiner sur le mur mitoyen, de fausses fenêtres avec un véritable encadrement de bois (disparues depuis) et des colonnes. Faute de place, un « jardin suspendu » est créé, au niveau du premier étage au-dessus des écuries. Certaines pierres utilisées proviennent du chantier du Louvre notamment les colonnes doriques. Un balcon courant permet au personnel de se déplacer de pièce en pièce, réalisé en fer forgé ce qui est rare pour l’époque. Sous les balcons, on peut voir des têtes de béliers (allusion au patronyme de la propriétaire) et de lions (allusion au roi) ou les initiales des propriétaires P C H B. Les cinq portes à mascarons, petits masques décoratifs, correspondent aux anciennes écuries.


Anne d’Autriche Catherine-Henriette Bellier
Mascarons de caractère Faune
Située au-dessus des anciennes remises et écuries en fond de la cour, la chapelle au 1er étage est coiffée d’un dôme carré. Elle est desservie par un petit escalier de forme ovale et muni d’une belle rampe en fer forgé.

Retour dans la cour, sous le porche qui débouche sur la rue de Jouy, Nous y découvrons les transformations subies par l’hôtel de Beauvais à différentes époques.

Façade sur cour de l’hôtel en 1998
L’Hôtel de Beauvais fut racheté en 1686 par Pierre Savalette, notaire, qui le fit transformer en 1704 par Robert de Cotte. Celui-ci modifia la façade sur rue et la distribution intérieure, le fronton monumental fut remplacé par une fenêtre et une partie des sculptures fut supprimée.
Jean Orry, conseiller du roi, habita dans l’Hôtel de 1706 à 1719. Sa fille, Louise-Elisabeth et son mari chargent entre 1730-1739, l’architecte Jean-Baptiste-Augustin Beausire de remettre en état le bâtiment.
En 1740, l’Hôtel de Beauvais passa à Philibert Orry, ministre d’Etat et directeur des bâtiments du Roi, puis en 1747 à son héritier Jean Orry de Fulvy, conseiller d’Etat, qui ajouta une nouvelle aile donnant sur la terrasse au sud-ouest.
En 1755, l’Hôtel de Beauvais est devenu la résidence du comte van Eyck, envoyé extraordinaire de Bavière à Paris. A la Révolution, l’Hôtel fut confisqué aux filles de van Eyck et vendu en 1799 à Armand-Jean-Baptiste Maurin, qui y ajouta un étage. Le décor intérieur fut supprimé en grande partie et le nombre de pièces augmenté pour une meilleure rentabilité en incluant un étage supplémentaire. En 1810, l’Hôtel passa à la famille Laumière, jusqu’à la fin du XIXe siècle. Dans les années 1930, en dépit de son insalubrité, il accueille plus d’une centaine d’habitants.
Acquis par la ville de Paris en 1943, classé monument historique en 1966, il voit ses derniers habitants partir en 1987. Il a été restauré de 1999 à 2003 par Bernard Fonquernie, architecte en chef des Monuments historiques. Cette restauration a été rendue possible grâce aux dessins du fonds Robert de Cotte, le devis des travaux de 1730 et la description des travaux de Beausire en 1739.
Depuis 2004, il est le siège de la Cour administrative d’appel de Paris.
Du fait de sa conformation et de sa cour en forme de théâtre, l’hôtel de Beauvais apparaît dans de nombreux films français, notamment La Banquière (1980) avec Romy Schneider ou Camille Claudel (1988) avec Isabelle Adjani, ainsi que dans L’Insoutenable Légèreté de l’être (1988) du réalisateur américain Philip Kaufman. En 2024, on le voit en tant que décor principal de la série La Maison.
Puis nous nous dirigeons vers l’escalier d’honneur, notre conférencier nous demande de faire silence car au premier étage, une audience se tient. Au pied de l’escalier se trouve une maquette de l’original de l’hôtel que nous décrit Vincent.


Puis notre conférencier nous entraine dans l’escalier sous le vestibule pour visiter le cellier.

Le cellier gothique est comparable à celui de l’abbaye d’Ourscamp sa voisine. À partir de 1967, après autorisation préfectorale, les bénévoles de l’association Paris Historique effectuent le déblaiement des caves gothiques de l’ancien cellier de l’abbaye de Chaalis. Ils dégagent et restaurent la salle souterraine et explorent les caves du XVe siècle (côté rue de Jouy). Les volumes dégagés permettent pendant plusieurs années l’organisation de spectacles dans le cadre du Festival du Marais.
Dans ce lieu particulier, Vincent Delaveau nous parle de Catherine Bellier, elle est la fille de Martin Bellier, commerçant. Elle entre à la cour et devient femme de chambre et confidente de la reine Anne d’Autriche. Elle épouse Pierre Beauvais, marchand de rubans en 1634 à Saint-Germain-en Laye.
On ne connaît pas de portraits peints ou gravés de Catherine Bellier mais Saint-Simon la décrit ainsi : « créature de beaucoup d’esprit, d’une grande intrigue, fort audacieuse, qui eut le grappin sur la reine-mère, et qui était plus que galante… »
Anne d’Autriche veille sur la vie intime de son fils aîné et notamment sur sa capacité à procréer. Un bon Roi doit être capable d’assurer sa descendance et de donner un héritier au trône de France. Les craintes de la Régente sont légitimes. Le père de Louis XIV n’était que très peu porté sur la chose. Il se dit même que sa libido était inexistante envers les femmes. Anne d’Autriche ne souhaite pas que son fils prenne le même chemin. De même, le frère cadet de Louis XIV est touché par le « vice italien » : en effet, Philippe préfère la compagnie des jeunes hommes. Pour toutes ces raisons, la Reine-Mère veut s’assurer que l’héritier du trône aime les femmes et lui donnera des petits-enfants.
De nombreuses femmes de la Cour se portent volontaire. Anne d’Autriche prend les choses en main. Il faut lui trouver celle qui saura être à la fois bonne pédagogue, mais qui n’emportera pas le cœur du Roi pour autant. Pour cela, elle choisit elle-même celle qui aura cet honneur. Son choix se porte rapidement sur Catherine-Henriette Bellier, sa femme de chambre et confidente.
La confiance qu’elle lui accorde, et son physique peu attrayant, son surnom est évocateur Cateau la Borgnesse, en fait un choix encore plus judicieux.
Louis XIV n’avait pas gardé un mauvais souvenir de son initiatrice à qui il rend visite quand il passe dans le quartier. Elle gardera aussi le privilège d’assister à son lever.

Avant de remonter, notre conférencier nous rappelle que nous avons vu une plaque de Mozart, et précise sa présence dans la cour. Pour la première tournée parisienne de la tournée européenne du jeune Wolfgang Mozart, la famille du prodige y est hébergée pendant six mois.
Un vigile signale à Vincent Delaveau que la salle d’audience est libre, nous grimpons donc au premier étage par l’escalier d’honneur que nous avions admiré précédemment.


Mais avant d’entrer dans la salle, nous nous arrêtons devant des consoles où sont exposés des gravures : sur la première, figure l’entrée triomphale de Louis XIV, roi de France et de Navarre, et Marie-Thérèse d’Autriche à Paris au retour de leur mariage à Saint – Jean-de-Luz, le 26 aout 1660. La reine Anne d’Autriche, la reine d’Angleterre, Mazarin, Turenne et la Cour assistent depuis les balcons de l’Hôtel de Beauvais au passage du couple royal qui se rendait au Louvre et sur la seconde est représentée le long défilé de carrosses et de chevaux des gens de la Cour, de J. Marot.
Nous entrons dans la salle, les sièges sont les bienvenus. Cours de droit administratif : Conseil d’Etat, cour d’appel du tribunal administratif, tribunal administratif. L’une d’entre nous demande des explications sur le tableau accroché au-dessus des sièges des magistrats.

Réalisé par Bernard Piffaretti, notre conférencier nous explique les intentions du peintre. La Justice est symbolisée par la balance sous la forme triangulaire, les diagonales sont l’image d’une enveloppe, allusion aux litiges à caractère administratif. Quant aux couleurs : le bleu, le blanc, le rouge représentent l’Etat français. En conclusion, le caractère « tonique » du tableau traduit l’espoir à ceux qui font appel à cette cour.

Fin de la visite, Vincent Delaveau nous demande de l’attendre sur le trottoir en face de l’hôtel particulier. Il nous décrit la façade telle qu’elle a été restaurée de1999 à 2003 par Bernard Fonquernie. Nous tentons de déchiffrer les traces des enseignes sur le linteau des anciennes boutiques. Seule la porte de forme concave est celle d’origine.
Nous nous séparons, restaurant pour certains, retour « at home » pour d’autres mais tous ravis de la visite de ce bijou architectural.
Texte : Jocelyne – Photos : Joëlle & Jocelyne

