En ce lundi matin, 15 septembre, c’est sous une pluie battante que nous foulons le quai de la gare de Remiremont à midi. L’attente du bus qui doit nous conduire au village de vacances nous permet de prendre notre pique-nique à l’abri.
Arrivées à Ramonchamp, sans attendre une amélioration de la météo, nous sommes prêtes à suivre Grégory, notre guide qui nous fait découvrir les alentours du village en direction du vallon de Morbieux.

Anne et Grégory « sous un coin de parapluie ».

Le village de Ramonchamp et le clocher de son église du 17e siècle qui a conservé son porche Roman.
Le vitrail du chœur représentant les Saints Patrons de Ramonchamp : Saint Remy et Saint Blaise est le seul vitrail rescapé de l’explosion du Pont Saint-Rémy en octobre 1944.
Outre l’eau tombée du ciel, celle-ci est présente partout. Le cours d’eau La Moselle traverse Ramonchamp et les nombreux étangs sont propices à la pêche à la ligne, activité qui jadis permettait de nourrir les familles dans une région pauvre en viande.
Le lendemain, mardi, sous un ciel plus clément, Nadine au volant de la voiture louée suit Grégory qui, avec le van ne pouvait embarquer tout le groupe. Notre guide nous emmène vers le plateau des mille étangs.
Nous passons par le col des Charbonniers, seul lieu de passage pendant des siècles pour les charbonniers vosgiens de la vallée qui transportaient le charbon de bois vers les forges en Alsace.

Il y a 12 000 ans, la fonte des glaciers a façonné ce magnifique paysage. Couverte de landes, de forêts entremêlées de ruisseaux et de plans d’eau, la région est surnommée la Petite Finlande par analogie avec les Mille lacs finlandais.

Mercredi, nous cheminons à travers bois sur un sentier de randonnée dont le balisage ne nous est pas habituel : rectangles, croix, ronds de couleur rouge, bleu, vert et jaune. Ce balisage particulier est dû au Club Vosgien fondé en 1872.
Puis nous nous engageons sur un chemin escarpé : sur le flanc droit de la montagne, la paroi rocheuse et à gauche… le versant abrupt ! Il ne faut pas être sujet au vertige. Mais la montée en vaut la peine.
Parvenus à une étroite plateforme, nous contemplons le lac des Perches, à l’eau sombre, niché au fond d’un cirque et profond de 17 mètres.

Anne, ayant prévu la fraîcheur dans les hauteurs nous offre les célèbres bonbons « La Vosgienne » à l’huile essentielle de sapin des Vosges.
Notre randonnée se poursuit dans le Parc naturel Régional des Ballons des Vosges notamment vers Rouge Gazon, alpage d’altitude appelé chaume dont le nom viendrait des batailles sanglantes de la Guerre de Trente qui s’y seraient passées ou, plus poétiquement, de la présence de nombreuses graminées rouges comme on peut le constater.

Située à 1 100 mètres d’altitude, Rouge-Gazon est une station de sports d’hiver.
L’itinéraire nous mène à un belvédère duquel on peut voir la montagne de la Tête des Perches et d’autres sommets vosgiens.

Grégory évoque les marcaireries dans les alpages du massif des Vosges où est transformé le lait et fait l’affinage des fromages cuits notamment le fameux munster. Le mot vient de « marcaire », francisation du terme alsacien« malker » « trayeur de lait ».
L’origine du fromage munster est liée à l’installation de moines venus d’Irlande qui apportent leur savoir faire dans la fabrication de fromages. Le monastère donne son nom à l’endroit où il est établi, qui, par déformation devient « munester », puis « munster ».
Nous avons tout loisir d’admirer au long de notre itinéraire les « belles vosgiennes ».


Tels des fantômes, nos ombres portées !
Jeudi nous prenons la direction de la Route des Crêtes, longue de 88 kilomètres qui serpente à travers les sommets des Vosges offrant des vues imprenables sur les vallées alsaciennes et lorraines.
Cette voie créée pendant la Première Guerre mondiale assurait la logistique et la défense sur le front des Vosges.

Le Hohneck, point culminant des Vosges avec 1 363 mètres d’altitude, domine la ligne de crêtes séparant l’Alsace de la Lorraine.
Tout près, le Petit Hohneck culmine à 1 289 mètres Le massif vosgien, notamment la route des crêtes, regorge d’endroits où poussent des brimbelles sauvages, myrtilles pour les non vosgiens.
La myrtille sauvage pousse à ras du sol à la différence, comme nous l’indique Grégory, des baies du bleuet (ou bluet) plus grosses qui se développent en grappes sur des arbustes de 1,50 à 2,50 m de hauteur et de ce fait, plus faciles à récolter.
L’heure du déjeuner approche mais aujourd’hui, pas de pique-nique, nous sommes attendus à la Ferme auberge Kastelberg avec vue panoramique sur le massif vosgien.

Au menu, le fameux repas marcaire, palette accompagnée de roïgabrageldi (lamelles de pommes de terre cuites avec des oignons et du lard) et bibalakass fromage frais au kirsch.
Nous aurons l’occasion d’apprécier lors d’un dîner, les savoureuses kneffes vosgiennes pâtes composées de farine, œufs, lait, oignon, sel et poivre, parentes des gnocchis.

Petite halte après le repas mais pas question de faire la sieste.

Après cette belle journée, soirée karaoké. Joëlle a été repérée par le DJ improvisé pour y participer !
Vendredi, nous faisons route vers le Ballon d’Alsace.

Le beau temps nous permet de voir la fameuse ligne bleue des Vosges qui représente symboliquement la frontière naturelle derrière laquelle se trouvaient l’Alsace et une partie de la Lorraine après leur conquête par les Allemands.
La couleur bleue de cette chaîne des Vosges serait due à l’émission d’aérosols par les arbres.
Le sentier nous mène à la statue de Jeanne d’Arc culminant sur la crête du ballon d’Alsace, étendard au vent et cheval cabré. Elle fut commandée au sculpteur Mathurin Moreau par un industriel voulant lancer un défi à la Prusse qui avait annexé la Lorraine.

Jeanne d’Arc regardait alors du côté de la France, comme un appel à venir libérer les provinces perdues. En 1918, la statue fut retournée vers l’est, vers l’Europe unie et enfin pacifique.
En chemin, nous pouvons voir une des bornes qui marquaient la frontière après la victoire de l’Allemagne en 1871 et l’annexion de l’Alsace et une partie de la Moselle. Les Allemands tracèrent la nouvelle frontière sur les cartes et la matérialisèrent sur le terrain à l’aide de bornes taillées dans du grès des Vosges.

Le monument des Démineurs « L’Homme projeté » rend hommage à tous les démineurs morts pour la France en détectant les milliers de mines placées par les Allemands.
Evénement moins connu, le Ballon d’Alsace a été la toute première montagne grimpée par les coureurs du Tour de France en 1905.
A l’occasion du passage du Tour de France féminin, une stèle de l’artiste Agnès Descamps représente une cycliste et un lion, emblème du Territoire de Belfort que nous apercevons.

Au sommet du ballon des Vosges, nous dégustons une excellente brioche offerte par Grégory accompagné du délicieux jus de rhubarbe confectionné par ses soins.

Nous profitons du panorama car il faut déjà penser au retour.

Après cette belle matinée, nous revenons au village de vacances pour reprendre nos bagages puis attendons le bus qui va nous ramener à la gare de Remiremont.
Nous montons dans un TER qui a beaucoup «roulé», bien gardées par une brigade accompagnée d’un chien policier reniflant au passage en direction d’Anne qui a emporté de la charcuterie !
Arrivées à Nancy nous prenons un TGV plus confortable qui nous ramène à Paris, la tête pleine de bons souvenirs.
Texte : Geneviève – Photos : Claude

