EXPOSITION « JOHN SINGER SARGENT », LES ANNEES PARISIENNES » – MARDI 9 DECEMBRE 2025

Nous sommes 27 devant l’entrée réservée aux groupes. Odile Déchelotte nous presse pour déposer nos vêtements et nous équiper d’audiophones afin d’être le premier groupe à entrer dans l’exposition Sargent.

Organisée cent ans après la mort de Sargent, cette exposition vise à faire (re)découvrir cet artiste qui a vécu une dizaine d’années en France (1874-1885) et présente une centaine de ses tableaux.

Né en 1856 à Florence de parents américains, John Singer Sargent fait des études artistiques à Rome, puis à Paris, à l’académie des Beaux-Arts et auprès de Carolus Duran, maitre dans l’art du portrait. Ce dernier lui fait découvrir et apprécier la peinture de Frans Hals en Hollande et de Velasquez au musée du Prado à Madrid. Ces maitres du XVIIe siècle ont en commun une peinture basée sur l’étude de la lumière et de la matière. Virtuose de la peinture du blanc, Sargent sera un portraitiste d’exception.

Pour commencer la visite, Odile nous présente un autoportrait de l’artiste, réalisé en 1886, puis, elle nous décrira les tableaux majeurs du jeune peintre.

Dans un premier temps, nous nous arrêtons devant des tableaux réalisés à la suite des voyages à Lille, en Hollande ou à Madrid en compagnie de son maitre Carolus-Duran.

Après Lille, il reproduit ce buste sur un panneau d’acajou, support qui accentue la délicatesse de l’œuvre.

En Hollande, d’après un tableau de Frans Hals, il réalise un portrait du porte-drapeau du banquet des officiers de la garde civile de Saint Georges.

Et enfin à Madrid, d’après Velasquez, il peint le portrait de Don Juan de Austria.

L’amitié ayant une place importante dans la vie de John Sargent, nous admirerons ensuite les tableaux de son cercle amical.

1 – Flameng et Helleu                                               2 – Helleu

Paul César Helleu (de profil) et Sargent se rencontrent pendant leurs études d’art. Les deux hommes resteront proches pendant toute leur vie. Dans ce double portrait figurent donc Helleu et de face, François Flameng au regard intense, en référence au banquet des officiers de la garde civile de saint Georges. (1)

3 – Violet Paget dite Vernon Lee                                   4 – Albert de Belleroche

Sargent peint son amie d’enfance Violet Paget de son nom de plume Vernon Lee (3) en trois heures lors d’un passage à Londres. Son amitié pour cette écrivaine et critique d’art jouera un rôle important dans la carrière de Sargent. Lors de l’exposition de ce tableau dans une galerie parisienne, un critique d’art écrira : « M. Sargent se révèle être un impressionniste de premier ordre ».

Albert de Belleroche et Sargent se rencontrent lors d’un banquet en l’honneur de leur maitre Carolus-Duran. Une amitié solide se nouera.

En mai 1876, Sargent voyage aux Etats-Unis, pour la première fois, avec sa mère et sa sœur Emily. Sur ce tableau, le peintre nous « installe » sur le pont du paquebot, une impression vertigineuse de mer déchainée s’en dégage.

« En route pour la pêche », une composition représente des femmes en costume local et des enfants se dirigeant vers les parcs à huitres. Cette frise classique s’inscrit dans le courant réaliste associé à J-F Millet.

Avec « Table sous la tonnelle » dit aussi « les verres de vin », Sargent démontre sa maitrise remarquable dans le rendu des effets lumineux.

Il profite de son ancrage à Paris, pour effectuer de nombreux voyages en Italie, notamment à Naples et à Capri. Il y trouve l’inspiration pour ces deux tableaux. La façon de peindre et les tonalités argentées utilisées rappellent la technique de Corot.

Jeune Capriote sur un toit                                                      Dans les oliviers à Capri

A la fin de l’été 1879, il se rend en Espagne et visitera Madrid, Séville et Grenade. Fasciné par l’architecture de l’Alhambra, Sargent réalisera quelques études, notamment, celle représentant la cour des Myrtes. L’artiste s’attarde surtout sur le reflet du bâtiment dans le bassin du patio et aux effets d’ombre et de lumière traités très librement.

Dans une autre salle, ce sont des œuvres de John Sargent, portraitiste.

Le portrait de Frances Sherbone Ridley Watts, américaine et amie de l’artiste, il la représente en mouvement, rappelant ainsi le maniérisme.

Suivront trois portraits de la famille Pailleron en pied. Le père, Edouard, dramaturge, poète, clerc de notaire puis avocat – sa femme Marie Buloz – Edouard et Marie-Louise, les enfants qui semblent nous regarder avec intensité.

Ensuite, station devant « Portraits d’enfants » dit aussi « Les filles d’Edward Darley Boit ». Tout d’abord, c’est sa taille qui surprend 2,21 m sur 2,22 m, une fascinante composition des quatre sœurs, un mélange de tradition et de modernité, inspirée des Minines de Velasquez que Sargent admirait.

Fin de la galerie des portraits avec celui du Docteur Pozzi, chirurgien, pionnier dans le domaine de la gynécologie. Sargent bouscule, dans ce portrait, les conventions de l’époque en représentant Jean Samuel Pozzi en robe de chambre et qui plus est, rouge. L’artiste a mis un soin tout particulier à peindre les mains, extrêmement fines et élégantes évoquant vraisemblablement la dextérité du chirurgien. La journaliste Emma Allouart-Jouan au journal l’Europe eut une formule parfaite pour ce portrait : « beau modèle et grand peintre »

Suivront une série de tableaux regroupés sous le vocable : « Sargent et les Parisiennes »

Parmi tous ces tableaux de parisiennes célèbres, on retiendra celui de Madame Virginie Gautreau, dite Madame X. La première esquisse la représentait en pied vêtue d’une robe noire retenue par deux bretelles avec un décolleté profond. Dans le tableau définitif, une bretelle glisse de l’épaule, effets audacieux et sensuel assurés.

Et lorsqu’il le présente à Paris au salon des artistes français de 1884, c’est un véritable scandale. La blancheur de la peau, presque cadavérique, la bretelle tombée, la tête hautaine et la position peu naturelle du corps sont unanimement condamnés.

Sargent redessine la bretelle sur l’épaule pour tenter d’apaiser les esprits, en vain, le mal est fait.

Pourtant ce tableau est, aujourd’hui, considéré aux Etats-Unis comme « la Joconde » du Metropolitan Museum of Art (MET) à New York.

Sargent vend son atelier et part s’installer à Londres où il poursuivra sa brillante carrière jusqu’en 1925, année de sa mort.

Avant de voir le dernier tableau de l’exposition, deux petites esquisses attirent notre attention : « Etude en plein air dit aussi Paul Helleu dessinant auprès de son épouse ». Dans ce tableau, l’artiste peignant dans la nature est au cœur de la démarche impressionniste.

Et « Claude Monet peignait à la lisière d’un bois » qui s’inscrit dans le même courant pictural. Sargent vouait une admiration sans borne à Claude Monet, tant et si bien, qu’il conservera cette esquisse dans son atelier jusqu’à sa mort.

Nous terminons la visite par le portrait de Carmencita en pied, sans doute inspiré du tableau de Manet, Lola de Valence. Réalisé en 1890, l’artiste peint une danseuse espagnole sur scène avec une robe bouffante orange à motifs floraux blancs. Elle toise le visiteur d’un regard hautain, provocateur voire aguicheur.

Les critiques, lors de son exposition à Londres, sont sensiblement les mèmes que lors de l’exposition du tableau de Madame Gautreau en 1884 à Paris.

Le tableau est acheté par l’Etat Français en 1892 pour le musée du Luxembourg où il restera jusqu’en 1922. Il déménagera dans plusieurs musées au fil du temps pour être affecté par le musée du Louvre au musée d’Orsay où vous pouvez l’admirer.

Nous quittons le musée, enchantés par cette exposition qui nous a permis de découvrir John Singer Sargent, ce jeune peintre talentueux. Au travers de ses œuvres, Odile, notre conférencière a su aussi nous raconter la société parisienne entre 1870 et 1890.

Contrairement aux habitudes, nous n’irons pas déjeuner ensemble car Noël est proche et? certaines d’entre nous filent vers les magasins pour faire les derniers achats.

Texte : Denise & Photos : Denise – Jocelyne