Visite du musée Carnavalet « Entre deux empires » – Jeudi 9 janvier 2026

 Situé en plein cœur de Paris, le Musée est composé de deux hôtels particuliers, l’hôtel Carnavalet et l’hôtel Le Peletier de Saint Fargeau.

Le premier, l’hôtel de Ligneris est construit au XVIe siècle par Pierre Lescot dans le style Renaissance pour un certain Jacques de Ligneris, Président du parlement de Paris.

L’hôtel est vendu en 1578 à Françoise de la Baume, épouse du chevalier Kernevenoy, surnommé « Monsieur Carnavalet ». Ce nom déformé est alors conservé.

Il fut modifié et agrandi ensuite au XVIIème siècle par l’architecte François Mansart qui lui donna son aspect Classique actuel.

Sous le Second Empire à l’époque des Grands Travaux et sur proposition du préfet Haussmann, l’hôtel est acheté par la Ville de Paris pour en faire un musée qui ouvre ses portes au public en 1880.

Le second, l’hôtel particulier voisin dit Le Peletier Saint Fargeau est construit entre 1688 et 1690 par Pierre Bullet, architecte du Roi et de la Ville pour le compte de Michel Le Peletier de Souzy.

Il est annexé au musée Carnavalet en 1989.

Après des travaux de restauration menés entre 2017 et 2021, le musée Carnavalet rouvre ses portes au public. Il incarne la mémoire de la Ville de Paris en retraçant son histoire de l’antiquité à aujourd’hui en proposant un parcours chronologique parsemé de nombreux trésors historiques tels des peintures, sculptures, objets d’art, pièces de mobilier, maquettes, dessins…

Pour cette visite, Vincent Delaveau nous accompagne à travers le Paris des grandes mutations urbaines, sociales et économiques intervenues sur une période d’environ 70 ans entre les deux Empires de 1799 à 1870.

Avant de commencer la visite, tout le monde s’équipe d’un écouteur.

Afin de rejoindre les salles d’exposition, nous traversons la galerie d’entrée consacrée à une riche collection d’enseignes de commerce qui évoquent l’atmosphère des rues du vieux Paris en l’absence de numérotation.

La Révolution institua un « numérotage révolutionnaire ou sectionnaire » méthode à partir de laquelle on numérotait en continue sans distinction de rue. Un vrai casse-tête pour s’orienter.  C’est par un décret que Napoléon 1er rend obligatoire les numéros de rues en 1805. Les numéros ne sont pas attribués de manière aléatoire mais en fonction de la disposition des rues par rapport à la Seine.

Ascenseur et escalier permettent d’accéder au niveau supérieur que nous parcourons pour atteindre la salle dédiée au Consulat dans laquelle notre conférencier attire notre attention sur les différentes causes qui ont conduit aux transformations et à la modernisation de la capitale sous le regard de Napoléon Bonaparte.

Vers 1800, la population de Paris compte environ 550 000 habitants. Celle-ci augmente considérablement et en1851, elle a doublé avec 1,2 million d’habitants.

L’accroissement de la population a aggravé les problèmes d’insalubrité et les épidémies ont durement affecté les Parisiens. Les rues étroites et mal éclairées étaient de véritables coupe-gorges.

Dans la salle suivante, un portrait suspendu d’Alexandre Lenoir (1761-1839) permet d’évoquer son rôle dans la naissance de la protection du patrimoine en France.

En 1795, il fonde le Musée des Monuments français qui sera installé dans l’ancien couvent des Petits-Augustins.

Pendant la révolution, il a sauvé de la destruction de nombreux monuments, sculptures provenant d’églises et de tombeaux de rois, de reines et de grands personnages.

Le musée a fermé ses portes en 1816, sous la Restauration, et une grande partie des œuvres a été restituée à leurs lieux et propriétaires d’origine, les locaux quant à eux sont affectés à l’Ecole nationale supérieure des beaux-arts.

L’Eglise des Feuillants en cours de démolition (huile sur toile de Hubert Robert)

La France sort de la Révolution et cherche à relancer l’industrie et le commerce.

L’exposition des produits de l’industrie française est une manifestation publique organisée à Paris de 1798 à 1849 afin d’offrir un panorama des productions des diverses branches de l’industrie dans un but d’émulation et qui est à l’origine de la première exposition universelle de 1851.

La deuxième Exposition des produits de l’industrie française est organisée en 1801 dans la Cour carrée du Louvre et est illustrée par le tableau ci-dessous :

Fête de nuit durant l’Exposition des produits de l’industrie dans la Cour carrée du Louvre en l’an X (1801), œuvre anonyme exposée au musée Carnavalet.

La vie mondaine et intellectuelle parisienne du début du XIXe siècle, est illustrée par le tableau, Portrait de Juliette Récamier, née Bernard (1777-1849) peint vers 1802-1805 par François Gérard. Épouse d’un riche banquier, elle devient célèbre pour sa beauté et son élégance. Le tout Paris se presse dans son hôtel particulier. Elle reçoit dans son salon toutes les personnalités importantes du monde politique, littéraire et artistique de son temps. Elle est l’une des premières à se meubler en style « étrusque » et à s’habiller « à la grecque ». Elle est également une importante commanditaire d’objets d’arts et de portraits. Elle donnera son nom au siège sur lequel elle repose.

Une vitrine propose une sélection d’objets d’art du Premier Empire et notre guide attire notre attention sur deux d’entre eux.

Le nécessaire du maréchal Ney est un coffret de voyage en bois précieux destiné à accompagner le maréchal d’Empire lors des campagnes militaires. Il contient divers objets de toilette et de la vie quotidienne, flacons en cristal, ustensiles en argent…

Le hochet du roi de Rome fabriqué en or est enrichi de corail ou de pierres et décoré des symboles impériaux.

Suit la transformation de Paris, pensée par Napoléon avec des exemples d’urbanisme et de grands projets d’architecture lui permettant de moderniser la France, affirmer le pouvoir impérial et glorifier les victoires militaires.

L’aménagement de nouvelles voies, (l’ouverture de la rue de Rivoli bordée d’arcades ouvrant sur des boutiques), de trottoirs, la numérotation des maisons.

La réorganisation des marchés parisiens. La nouvelle halle aux vins dont les travaux débutèrent en 1811 fut achevée en 1845. Des marchés couverts, le Carreau du Temple, premier marché édifié entièrement en charpente de bois entre 1808 et 1811 par l’architecte Jacques Molinos.

Cinq grands abattoirs sont créés dont celui de Popincourt rebaptisé de Ménilmontant visant à une meilleure hygiène publique en interdisant l’abattage des bêtes près des étals.

La création de nouveaux cimetières en dehors des limites de la ville : Montparnasse, Passy, Montmartre et la transformation du Père Lachaise inauguré en 1804 plus conçu comme un jardin à l’anglaise. Peu prisé des Parisiens, une initiative de communication fut mise en œuvre concernant le transfert des restes de figures emblématiques, tels Molière, Jean de La Fontaine, le couple médiéval Héloïse et Abelard lors de la fermeture du Musée des Monuments français en 1816.

La création de la Préfecture de police, la réorganisation des hôpitaux, construction du palais de la Bourse.

Les arcs de triomphe : Arc de Triomphe de l’Etoile achevé en 1836 destiné à glorifier la Grande Armée, Arc de triomphe du Carrousel, qui célèbre les victoires militaires.

Les grandes colonnes : la colonne Vendôme qui commémore la victoire d’Austerlitz inspirée de la colonne Trajane à Rome.

Tableau de la Place du Châtelet au centre de laquelle s’élève la fontaine du Palmier rendant hommage aux victoires de la Grande Armée. En 1806 Napoléon 1er prit un décret pour développer le réseau d’eau non potable et gratuite. Auparavant, pour résoudre les problèmes d’alimentation en eau de la capitale, Napoléon décide de construire un canal reliant la rivière de l’Ourcq à Paris.

La construction de ponts comme le pont d’Austerlitz et le pont des Arts, l’aménagement des quais de la Seine.

Détail de la maquette du Pont des arts inauguré en 1804. Il s’agit du premier pont métallique de Paris dont les arches étaient réalisées en fonte en reprenant le principe d’une charpente en bois.

Notre conférencier attire notre attention sur une drôle de machine portée par un marchand ambulant vendant du coco, boisson rafraîchissante qui résulte de la macération de baton de réglisse dans de l’eau citronnée. Ce dernier est surpris que nous connaissions ce breuvage et qu’il était encore distribué à la CAF lors d’étés caniculaires. Puis, sont évoqués les métiers ambulants, rémouleurs, vitriers et leurs cris : “ciseaux, couteaux” …

Pendant la Restauration, les transformations urbaines se poursuivent, (modernisation des ponts et des routes, éclairage public progressif…) la ville s’agrandit sous l’extension des faubourgs populaires dans lesquels les ouvriers subissent des conditions de vie difficiles tandis que la bourgeoisie est installée dans les quartiers centraux et à l’ouest de la capitale.

L’Etat intervient peu et l’investissement privé domine l’économie dans les domaines de la finance, le commerce, l’industrie naissante et l’immobilier.

Les grands travaux viendront avec Haussmann sous le Second Empire.

Dans le domaine artistique et culturel, le théâtre et l’Opéra se développent et Paris devient la capitale des spectacles.

Tableau : Le Marché et la fontaine des Innocents par John James Châlonnais (1822)

 

La table ronde de l’ébéniste Louis-François- Laurent Puteaux (1830) illustre le mobilier sous la Restauration qui se caractérise par l’emploi de bois clairs incrustés de bois foncés. Le plateau circulaire est supporté par six pieds ajourés en forme de lyre.

Sur un mur une estampe panoramique représente Paris. Vincent Delaveau nous demande de quel point d’observation, l’artiste a peint cette vue. Il s’agit d’un panorama de Paris pris du Pavillon de Flore au Palais des Tuileries par Pierre Prevost (1764-1823), premier grand peintre de panoramas français. Il exécuta dix-sept autres panoramas parmi lesquels ceux de Rome, Naples, Amsterdam…

Lors de la révolution de 1830, à la suite des Trois Glorieuses, le roi Charles X abdique et prend la route de l’exil. Le 31 juillet, c’est à l’hôtel de ville que son cousin Louis-Philippe, duc d’Orléans, se fait proclamer lieutenant général du royaume avant de devenir Louis-Philippe 1er, roi des Français.

Son règne commence avec les barricades de la révolution de 1830 et s’achèvera en 1848 par d’autres barricades.

Une grande maquette représente l’arrivée du futur roi Louis-Philippe à l’hôtel de ville de Paris. L’orientation de la maquette ne permet pas d’observer l’intégralité de la scène notamment le futur roi entouré de la Garde nationale et accueilli par La Fayette devant une foule de curieux.

En 1828, « la place Louis XVI et la promenade dite des Champs Élysées sont concédés à la ville de Paris à titre de propriété ».

Jacques Ignace Hittorff (1792-1867) réaménage la place de la Concorde qui a repris son nom définitif donné sous le Consulat au centre de laquelle il fait ériger l’obélisque de Louxor offert par le vice-roi d’Egypte puis il transforme l’avenue des Champs Élysées.

La Colonne de juillet située au centre de la place de la Bastille commémore les trois journées de la révolution de Juillet 1830 et complète les monuments emblématiques qui servent à réconcilier les Français. Désormais l’Arc de Triomphe achevé en 1836 rend hommage à toutes les armées françaises et l’Obélisque installé place de la Concorde pacifie un lieu marqué par la Révolution.

Dans le même esprit, la dépouille de l’empereur Napoléon 1er est ramenée en France et inhumée aux Invalides.

Un tableau représente le boulevard du temple, avant 1860.

Le boulevard du Temple est célèbre pour ses nombreux théâtres populaires et mélodramatiques dans lesquels étaient représentés des faits divers, des assassinats et vols, ce qui lui vaut le surnom de « boulevard du Crime ».

Ces différents théâtres, le Théâtre -Lyrique, le Cirque-Olympique, les Folies-Dramatiques, la Gaieté, Les Funambules, les Délassements-Comiques et le Théâtre Lazary seront pour la plupart détruits lors du percement de la Place de la République au moment de la réorganisation de Paris par le Baron Haussmann en 1862.

13 juillet 1935 : Louis-Philippe passe en revue la Garde nationale sur les Grands Boulevards à l’occasion de l’anniversaire de la révolution de 1830. Installé au 3ème étage du 50, boulevard du Temple, Giuseppe Fieschi tire sur le cortège avec une mitrailleuse, une « machine infernale » dont le modèle réduit est exposé dans une vitrine. Nous avions découvert une réplique de cette machine en visitant le musée de la Préfecture de Paris. Le roi et sa famille échappent à l’attentat mais 18 personnes sont tuées.

Signe avant-coureur des travaux haussmanniens du Second Empire, la rue de Rambuteau est la première percée dans le centre médiéval. Un an après l’épidémie de choléra, le préfet Rambuteau décide de « donner aux parisiens, de l’eau, de l’air et de l’ombre » et pour mettre en application les théories hygiénistes de l’époque il crée une voie rectiligne large de 13 mètres améliorant la circulation, l’hygiène et l’aération des quartiers.

Février 1848, une nouvelle révolution éclate provoquée par une crise économique et les inégalités sociales, le roi Louis-Phiippe abdique, la Deuxième République est proclamée par Lamartine. De courte durée, elle est remplacée par le Second Empire en 1852.

Le suffrage universel masculin succède au suffrage censitaire et l’esclavage dans les colonies françaises est aboli.

Sur une estrade, le bureau de Louis-Philippe témoigne de cet événement car les traces d’effractions par les révolutionnaires sont encore bien visibles.

Pour la suite de la visite, nous redescendons au rez de chaussé par cet escalier si particulier.

Sous le Second Empire, la France se transforme surtout à Paris et Napoléon III s’appuie sur le préfet Haussmann pour moderniser la capitale.

Le 1er janvier 1860, Paris absorbe ses faubourgs et les 24 communes voisines sont annexées doublant largement sa superficie de 3288 à 7088 hectares et accroissant sa population.

L’extension de Paris donne lieu à un nouveau découplage en vingt arrondissements à la place de douze.

Vincent Delaveau nous décrit le tableau d’Adolphe Yvon représentant Napoléon III remettant au baron Hausmann le décret d’annexion des banlieues.

Avant 1860, se marier à la mairie du treizième arrondissement se disait des personnes vivant maritalement sans être mariées.

Georges-Eugène Haussmann (1809-1891) est nommé préfet de 1853 à 1870 et Napoléon III lui confie la mission d’assainir et d’embellir Paris. Pour mener à bien celle-ci, il s’entoure d’ingénieurs et d’architectes passés à la postérité tels Adolphe Alphand, Eugène Belgrand et Victor Baltard.

Le percement de boulevards larges et rectilignes facilitant la circulation ainsi que les déplacements de l’armée et faisant obstacles aux barricades.

Les immeubles haussmanniens en pierre de taille claire qui arborent leurs grandes fenêtres et leurs balcons en fer forgé restent un symbole de cette période.

La création de parcs et de squares (bois de Boulogne, les Buttes-Chaumont), la mise en place d’un réseau d’égouts, l’éclairage au gaz. La construction de gares, de halles centrales, de casernes…

Pendant tous ces travaux, Paris devient un immense chantier illustré par le tableau représentant la « visite de l’empereur et de l’impératrice Eugénie sur le chantier des travaux d’arasement de la colline de Chaillot ».

Les contreforts de la colline sont aplanis afin de créer la place du Roi de Rome, l’actuelle place du Trocadéro.

Nous nous arrêtons devant  une vitrine où est exposé le livre d’Alphonse Alphand : « Les Promenades de paris, Bois de Boulogne et de Vincennes » où figurent de nombreuses plantes.

La vie mondaine explose et la bourgeoisie affiche sa réussite. Paris devient la capitale du divertissement et se présente également comme le foyer de l’activité intellectuelle et artistique notamment avec l’essor des spectacles, du théâtre, de l’opéra, des cafés, de l’apparition des grands magasins, du faste des expositions universelles.

L’expression   » vie parisienne  » devient symbole de plaisirs, loisirs et divertissements.

Tableau de Félix Buhot, représentant le percement de l’Avenue de l’Opéra.

Tableau du peintre Léonard Saurfelt représentant l’Opéra Garnier vu de la rue Auber vers 1880.

Pour terminer, Vincent Delaveau nous décrit une pièce exceptionnelle, le berceau du prince impérial Louis-Napoléon offert par la ville Paris, exposé dans une large vitrine.

Conçu par l’architecte Victor Baltard, il est exécuté en trois mois par les artisans les plus habiles. Il témoigne des métiers d’art décoratifs parisiens.

La transformation de Paris s’est faite au prix de nombreuses expropriations et a favorisé la spéculation immobilière éloignant de Paris les populations les plus pauvres et l’implantation des usines hors de Paris.

La visite s’achève, unanimes, nous réalisons que sans les commentaires pointus de Vincent Delaveau, cette visite n’aurait pas eu l’intérêt qu’elle a suscité. Nous reviendrons….

Texte : Joëlle – Photos : Christiane, Joëlle & Jocelyne