Nous sommes 13 à participer à cette seconde séance avec Jacqueline en « maitre de cérémonie ». Elle nous propose deux dictées : une lettre d’amour de Victor Hugo à Léonie d’Aunet et un texte intitulé Tintin au pays de l’orthographe.


Surprise pour toutes, aucune d’entre nous ne connaissait l’existence de cette maitresse de Victor Hugo. Hugo rencontre Léonie Thévenot d’Aunet, épouse du peintre François Auguste Biard dans le salon de Fortunée Hamelin en 1843. Cette liaison durera sept ans et ne sera interrompue que par le départ en exil du poète en 1851.

Léonie d’Aunet Victor Hugo en 1851
Lettre à Léonie d’Aunet de Victor Hugo
Tout ce qu’il y avait dans ton regard, dans tes paroles, dans le son de ta voix, dans tes baisers, dans tes caresses, les anges seuls pourraient le redire. Quand tu m’as quitté, j’étais enivré ; je t’ai suivie des yeux, sans sortir de la chambre, à travers les rues et les murailles ; il me semblait que je te voyais comme une forme lumineuse et heureuse. Il me restait quelque chose, en effet, de l’éblouissement de ta présence. Peu à peu cependant, ce beau soleil de joie s’est éteint dans mon cœur, j’ai regardé autour de moi, et je suis redevenu triste ; tu n’étais plus là.
Pas de difficulté majeure, par conséquent, pas ou peu de fautes relevées.
Puis, elle nous propose un texte de Bruno Deweale, professeur agrégé de lettres modernes, premier champion de France d’orthographe en 1985 de Bernard Pivot (avant les dicos d’or) et champion du monde d’orthographe en 1992 (récompense remise à l’ONU). Nous pensions avoir fait la dictée la plus difficile du monde avec celle de Mérimée, que nenni, celle-ci est « truffée » de difficultés, quasiment, à chaque ligne.
Tintin au pays de… l’orthographe !




Louée sois-tu, ô Belgique, d’avoir conçu Tintin ! Les amateurs de menhirs peuvent toujours s’aligner : aucun druide, aucune potion magique ne saurait nous faire oublier les quelque seize cents pages qu’a arpentées le célèbre gazetier aux cheveux carotte... Tour à tour, nous fûmes l’égyptologue traquant les sarcophages et les macchabées momifiés ; l’humble coolie qui plie sous le faix pour quelques piécettes extrême-orientales ; le sherpa tibétain sur les traces du yéti, cette espèce de pithécanthrope pourvu d’un cœur tendre. Combien, en outre, se sont laissé gagner par le syndrome du collectionneur, révérant plus que de raison des albums à demi décrépits, entassant pêle-mêle les talismans qui font partie du culte : ici un fétiche à l’oreille ébréchée, là l’épeire diadème ou le sceptre du roi transylvain ? Mais Tintin, c’est avant toute chose une flopée de personnages hauts en couleur qui, aujourd’hui encore, ne cessent de nous interpeller : le capitaine aux trois quarts éthylique, grand pourfendeur de bachi-bouzouks et de boit-sans-soif ; le savant dur d’oreille, qui rêvasse ou papillonne parmi les athanors, cornues et autres récipients tarabiscotés de son laboratoire ; les frères siamois, ces barbouzes qui, faute d’avoir collé les poucettes à l’infâme desperado, s’emberlificotent dans une tirade tout empreinte de psittacisme ; le majordome stylé, lequel sert, d’une main sûre, picholines et daiquiri ; la prima donna stéatopyge, qui pleure sa verroterie tout en peaufinant ses appoggiatures ; l’assureur maison, dont le baratin logorrhéique entre à grand-peine dans les phylactères usuels ; sans omettre le mâtin du héros — plus vraisemblablement un fox-terrier, attendu la taille de l’intéressé — qui, vaille que vaille, escorte son maître.
En rouge : les fautes à ne pas faire, exemple : saurait du verbe savoir au présent du conditionnel.
En bleu : mot compliqué ou peu usité : psittacisme : répétition mécanique de phrases que la personne, qui les dit, ne comprend pas.
En vert : mot d’origine étrangère, exemple : bachi-bouzouk (bachibouzouk ) : cavalier mercenaire de l’armée de l’empire ottoman.
Jacqueline nous a également proposé entre chaque dictée des jeux de mots.
Dans un premier temps, il fallait trouver le pays d’origine du mot parmi 4 propositions : exemple – pantalon : emprunté à l’italien « pantalone » sobriquet donné aux Vénitiens, adeptes des culottes longues et étroites, appelés Pantaloni parce qu’ils vouaient un culte à Pantaléon de Nicomédie.
Dans un second temps, il nous faut rechercher l’étymologie de toute une liste de mots, pour exemple : pithécanthrope – emprunté du latin scientifique pithecanthropus, lui-même composé à partir du grec pithêkos, « singe » et anthrôpos, « homme ».
Le nombre de fautes se situe entre 7 et 32 tant les difficultés étaient nombreuses. Mais, une fois encore, beaucoup de rires face à notre « ignorance » cependant nos « méninges » ont beaucoup travaillé…
La prochaine séance se tiendra le mercredi 25 mars à 14h30, en espérant que Jeannette, prochaine « maitre de cérémonie », nous proposera des textes moins dificiles.
Photos : Jeannette & Joëlle
