Visite de quartier « de la Gare de l’Est au Canal Saint Martin » – Vendredi 27 mars 2026

Accompagnés pour cette balade de quartier par Odile Déchelottte, nous sommes 28 au point de départ de la Gare de l’Est.

Equipés d’écouteurs et regroupés dans le hall d’Alsace, elle nous retrace l’historique de l’édifice.

La Gare de l’Est, initialement appelée gare de Strasbourg, se trouve dans le quartier Saint Vincent de Paul dans le 10e arrondissement et non loin de la Gare du Nord.

Construite en limite d’urbanisation sur le site de l’enclos Saint Laurent, la Gare de l’Est est ouverte en 1849 par la Compagnie de Paris à Strasbourg sous le nom d’embarcadère de Strasbourg. Ses plans sont dûs à l’architecte François Alexandre Duquesnay et à l’ingénieur Pierre Cabanel de Sermet. Les travaux commencent en 1847 et le Président Louis Napoléon Bonaparte (futur Napoléon III) l’inaugure en 1850 : elle prendra alors le nom de Gare de l’Est en 1854. Elle connait d’importantes transformations en 1885 puis en 1900.

Entre 1926 et 1931, elle est dédoublée selon les plans de l’architecte en chef de la Compagnie des Chemins de Fer de l’Est, Jules Bernaut et prend sa physionomie actuelle. Elle est classée en 1984 aux monuments historiques.

Le bâtiment est de style néo-classique avec une façade en pierre de taille. Les multiples ajouts apportés à la gare d’origine conservent ce style en façade à l’exception de la grande halle transversale et de ses deux accès rue d’Alsace et rue du faubourg Saint Martin qui sont de style Art Déco.

Balustrade de l’ancienne consigne                                        Verrière               

La façade de l’aile Ouest est éclairée par une demi-rosace dotée d’une pendule flanquée de sculptures représentant la Seine et le Rhin par Jean Louis Brian  et coiffée de la statue représentant la ville de Strasbourg.  La statue de la ville de Verdun figure au sommet de l’entrée secondaire de la Gare , elle est accompagnée de celles représentant la Meuse et la Marne.

 Aile Ouest

 

  Statue de Strasbourg                          Sculptures « Rhin et Seine »

Aile Est

                                        

  Statue de Verdun                                   Sculptures « Meuse et  Marne »

Chaque année plus de 40 millions de voyageurs fréquentent la gare de l’Est et très peu d’entre eux remarquent le monumental tableau installé dans le hall d ‘Alsace. Aussi, Odile se propose de le décrypter.

Cette toile « Le Départ des poilus, août 1914 » est l’œuvre du peintre américain Albert Herter qui l’a offerte à la France en 1926. Elle représente à la fois une fresque historique mettant en scène le départ des soldats mobilisés en août 1914 et un hommage personnel au fils ainé du peintre, Evest qui s’était engagé volontairement dans les troupes américaines et avait perdu la vie dans l’Aisne près de Château-Thierry en 1918.

Le fils du peintre est figuré au centre de la toile, les bras tendus vers le ciel et une fleur au bout du fusil, le peintre s’est représenté à droite de la toile, tenant un bouquet à la main. Sa femme, les mains jointes, est visible à gauche du tableau.

Le tableau sera déplacé plusieurs fois, au cours du XXe siècle, au gré des modifications de la gare, ce qui créa de nombreuses protestations de la part des Parisiens, surtout des anciens combattants : en 1948, pour être restauré et nettoyé au terme de deux décennies de fumée de trains à vapeur et réinstallé en 1964, à nouveau retirée en 2006 pour permettre l’adaptation de la gare au TGV et ultime restauration et réinstallation début 2008 dans le Hall d’Alsace.

Avant de quitter la gare, notre conférencière évoque différents événements survenus dans cette gare.

Tout d’abord, en octobre 1883, l’inauguration de l’Orient Express, puis l’histoire du bunker secret construit en avril 1939 de 120 m2 sous les quais voies 3 et 4 dont la fonction était de réguler la circulation des trains en cas de destruction du bâtiment principal par les Allemands.

Elle égrène ensuite le nom des nombreux films tournés dans la gare et dont une scène s’y déroule : Zazie dans le métro de Louis Malle, L’Homme de Rio de Philippe de Broca avec J-P Belmondo et Françoise Dorléac, Les Ripoux de Claude Zidi avec Thierry Lhermitte et Philippe Noiret et pour terminer le Fabuleux destin d’Amélie Poulain avec Audrey Tautou et Mathieu Kassovizt…

Enfin à l’aide de sa tablette, Odile nous montre un tableau du peintre Maximilien Luce inspiré par la gare, intitulé « la gare de l’Est sous la neige, 1917″ et une photographie de 1900 du temps où les bus ou les taxis sont tractés par des chevaux.

Lors de la traversée de la rue d’Alsace, nous avons pu voir l’escalier de 50 marches qui permet de rejoindre la gare du Nord. L’installation de deux escaliers mécaniques et d’un ascenseur facilite aujourd’hui la correspondance aux voyageurs des deux gares.

En passant boulevard Magenta, nous nous attardons pour regarder le marché Saint Quentin, construit en 1835 sur l’ancienne foire Saint Laurent, tout en briques roses traversé d’arcades en fonte verte.

Nous nous dirigeons vers la médiathèque Françoise Sagan, bibliothèque municipale de la ville de Paris créée en 2015 sur le site de l’hôpital Saint Lazare. Nous nous installons dans le jardin  pour écouter l’histoire de la léproserie Saint Lazare.

 

 

Hôpital de l’an mil, il est devenu au XVIIIe siècle, le siège de Saint Vincent de Paul. Construite sur les ruines d’un monastère dédié à Saint-Laurent, détruite par les invasions des Normands au IXe siècle, on édifia une léproserie sur la route de Saint Denis. Elle devait accueillir les lépreux de Paris qui étaient soignés par des frères et sœurs vivant sous les règles de Saint Augustin.

En 1619, Saint Vincent de Paul fonde la congrégation de la mission pour accompagner le peuple de la campagne. Successivement, la léproserie deviendra une prison révolutionnaire, pour femmes, pour enfants et pour fous.

Aujourd’hui, l’ancienne léproserie accueille donc une médiathèque occupant 4  300 m² dont 3 600 m² accessibles au public. Son jardin est inspiré des cloîtres méditerranéens avec ses palmiers, on y retrouve véritablement des airs de jardin méridional.

En sortant, nous admirons, sur un mur, la Panthère Cosmique de Philippe Baudeloque réalisée en mai 2016 dans le cadre du projet « les œuvres d’art investissent la rue »

Nous empruntons la rue du Faubourg Saint Denis, où nous nous arrêtons devant le 101, l’édifice qui est, d’ailleurs, inscrit au titre des monuments historiques.

Au 107 de la rue, nous entrons dans le square Alban Satragne (ancien conseiller de Paris) créé en 1963 sur une partie de l’ancienne prison Saint-Lazare. Un seul vestige demeure l’ancienne chapelle Saint-Lazare construite par Louis-Pierre Baltard et réhabilitée en 2022/2023. Devant la stèle de Saint Vincent de Paul, Odile vous fait un bref rappel de son action. Certains d’entre nous, sont intrigués par une fontaine qui distribue du savon, ajout peut être dû à l’installation des réfugiés de Sangatte dans le square en 2003.

La balade se poursuit vers l’église Saint-Laurent de style gothique flamboyant, avec en intérieur de magnifiques clefs de voûte ainsi que des vitraux des XIX et XXe siècles.

Fondée à la fin du Ve siècle, elle accueillait les pèlerins se rendant à l’Abbaye de Saint-Denis.

 Presbytère

 

Nos pas nous emmènent vers l’ancien couvent des Récollets, rue du faubourg Saint Martin, exemple d’architecture religieuse des XVII et XVIIIe siècles. La bibliothèque du couvent était très réputée.

Les Récollets sont issus d’une réforme de l’ordre des Franciscains survenue à la fin du XVe siècle. Le roi Henri IV leur donne l’autorisation de s’installer à côté de l’église Saint-Laurent. Le couvent est à son apogée début du XVIIIe siècle avec 200 moines qui y vivent. Nous ne pouvons entrer, le lieu est privatisé.

En 1968, le bâtiment hébergera l’école d’Architecture issue de la scission des Beaux-Arts et prend le nom d’école d’Architecture de Paris Villemin.

Aujourd’hui, il accueille : le centre international d’accueil et d’échanges qui offre des résidences à des chercheurs et des artistes venus du monde entier, le Conseil Régional de l’Ordre des Architectes d’Ile de France  dont la mission est de garantir au public la qualité du service architectural, la maison de l’Architecture d’Ile-de-France, œuvrant à la promotion et la valorisation de l’architecture auprès du grand public et des professionnels : architectes, maîtrise d’ouvrage, bureaux d’étude, entreprises…

Entrée du Conseil Régional de l’Ordre des Architectes d’Ile de France

Après la révolution, le couvent devient une filature de chanvre et de coton, il est transformé en 1802 en hospice puis, en 1861, il devient l’hôpital militaire Saint Martin. Odile fait un aparté pour nous préciser qu’elle a habité dans ce lieu, son père en étant le médecin-chef.

En 1913, il prend le nom de Jean Antoine Villemin, médecin des armées connu pour avoir démontré que la tuberculose était une maladie contagieuse et ce antérieurement à Robert Koch, médecin allemand à qui l’on attribue la découverte du bacille.

En 1968, l’hôpital militaire ferme et à son emplacement, la ville de Paris crée, en 1977, un jardin du nom éponyme au bord du canal Saint Martin.

Il est 16h45, le groupe se sépare après un parcours riche d’histoires de toutes sortes. Comme d’habitude, quelques participants vont prendre un pot dans une brasserie.

 

Texte : Nadine – Photos : Jeannette, Jocelyne, Marie-Pierre