Le rendez-vous était fixé sur la place Félix Eboué (anciennement nommée place Daumesnil). A la suite de plusieurs désistements, nous ne serons que 14 participantes à entreprendre cette visite.

Vincent Delaveau précise, qu’avant de rejoindre l’église du Saint Esprit, il nous parlera de l’histoire de la place, de certaines rues du quartier avant d’arriver à l’arrière de l’édifice.

À l’origine, cette œuvre conçue en 1869 par l’architecte Gabriel Davioud ornait la place du Château-d ’Eau, devenue ensuite celle de la République. Car l’avènement de la IIIe République (1870-1940) est marqué par la volonté d’instaurer des symboles républicains.
Outre son changement de nom, la place de la République est également dotée d’un vaste monument en 1883 : la statue de la République, œuvre des frères Morice. La fontaine est alors de trop et, plutôt que de la démolir, on la déménage dans ce qui deviendra la place Félix-Éboué.
Cet aménagement haussmannien visait à faciliter la circulation des véhicules.
Gabriel Davioud (1824-1881) a laissé beaucoup d’œuvres dans Paris comme la Rotonde et grotte artificielle du lac Daumesnil, le parc Montsouris, la fontaine St Michel… et a également, sur des indications d’Haussmann, conçu cette fontaine composée d’un grand bassin circulaire, surmonté de trois bassins. Le bassin est orné de huit lions assis en bronze crachant des jets d’eau. Les lions ont été réalisés par le sculpteur Henri-Alfred Jacquemart. Louis Villeminot a sculpté les têtes de femmes figurant sur la console centrale en pierre.
Aujourd’hui, l’objectif du réaménagement est de rééquilibrer les usages de la place, notamment en redonnant plus d’espace aux piétons, en facilitant les déplacements en transports en commun.
Puis, nous empruntons la rue Claude Decaen, puis la rue Cannebière dans lesquelles notre conférencier nous montre plusieurs édifices de styles totalement différents : immeuble art déco, post haussmannien ou petite maison d’ouvriers


Nous sommes à l’arrière de l’église du Saint Esprit.

L’église est bâtie entièrement en béton armé habillé à l’extérieur de briques de Bourgogne. Nous sommes intriguées par les statues du toit, peu visibles, du fait de la présence de grilles de protection autour de chacune d’elles. Vincent en profite pour nous parler du sculpteur, Carlo Sarrabezolles qui a découvert un nouveau procédé, la sculpture sur béton frais. Comme le peintre à fresque peint l’enduit mouillé avant qu’il ne se dessèche, Sarrabezolles fouille le béton frais décoffré après dix heures de prise. Difficulté d’un travail qui exige de l’artiste une habilité incroyable puisque le ciment se durcissant en quelques heures, il faut tailler sans arrêt, installé sur son échafaudage, sans recul, sans dessin préparatoire.
Il attire notre attention sur la coupole légèrement apparente derrière les statues.
En empruntant la rue Cannebière, nous découvrons l’extravagante façade latérale longue de 55 m : elle est rythmée d’arcades en plein cintre séparées par des contreforts et décorée, dans la partie inférieure : d’une suite de bas-reliefs illustrant les mois de l’année et les fêtes religieuses qui y sont rattachées réalisés par plusieurs artistes : Gilbert, Huntzinger, Guignier…


Un peu plus loin, nous nous arrêtons devant la porte d’entrée « art déco » de la crypte construite en 1928.

ENTREE DE L’EGLISE


Après avoir grimpé deux volées de marches, nous pénétrons dans le narthex particulièrement sombre. Il est recouvert de fresques en camaïeu gris réalisées par le couple d’artistes Nicolas et Hélène Untersteller : intelligence, volonté, sensibilité, complétées par des fresques illustrant les 4 éléments : eau, air, terre et feu. Sa forme heptagonale donne l’illusion de continuité avec la nef de l’église pourtant déportée. Vincent précise que cette astuce architecturale « la rotule » permet de compenser un désalignement dû à la forme de la parcelle.

Nous entrons dans la nef et nous nous asseyons tandis que Vincent va au secrétariat pour obtenir la lumière… et la lumière fut…
Au retour, il nous relate l’histoire de cette église.
La conception de l’église est confiée à l’architecte Paul Tournon (1881- 1964), à la demande de l’Archevêché – le Cardinal Dubois et son auxiliaire Monseigneur Crépin – qui achète le terrain en 1926. Sur un terrain de forme triangulaire, il réussit à construire une nef carrée surmontée, à 33 mètres de hauteur, d’une coupole de 22 mètres de diamètre, tout en béton armé, aujourd’hui bâchée en attente de travaux d’étanchéité.
La construction de l’église débute le 2 juin 1928 par la crypte, et s’achèvera en 1962 par l’édification du clocher. Le plan de l’église s’inspire de celui de Sainte-Sophie de Constantinople.
L’église, dans sa totalité, est classée au titre des Monuments Historiques par arrêté du 5 juillet 2016. Chef d’œuvre de l’art sacré, elle réunit les plus grands artistes de l’époque utilisant des techniques nouvelles : Carlo Sarrabezolles qui a sculpté l’ensemble des statues en béton, Maurice Denis qui a réalisé une partie des décors peints et Jean Gaudin et Marcel Imbs pour les mosaïques intérieures, Louis Barillet, Paul Louzier et Jean-Hébert Stevens pour les vitraux…
Si l’extérieur du bâtiment est en béton armé recouvert de brique, l’intérieur est laissé à l’état brut d’où son aspect sombre. Les fenêtres, nombreuses, mais de petite taille, ne suffisent pas à l’éclairer. Les parois de béton sont couvertes de belles fresques modernes… que nous pourrons admirer puisque nous avons contribué, auprès de la paroisse, pour obtenir l’éclairage durant le temps de la visite.
Avant de nous déplacer dans la chapelle axiale derrière l’autel, notre conférencier nous montre les mosaïques sur les voutes peu visibles à cause d’un contrejour, notamment la fresque de Marc avec son lion sur un pendentif de la voûte de Jean Gaudin d’après les cartons du peintre Marcel Imbs.

Pour réaliser les décors muraux, Paul Tournon imposa la technique médiévale de la fresque. Maurice Denis, en charge du grand décor de l’abside, peu à l’aise avec la fresque, opta pour une nouvelle méthode et un nouveau matériau : le stic B.
Dans la méthode de la fresque, on applique sur le matériau brut, un crépi qui va servir de lien entre le mur et un enduit qui, lui-même, va recevoir la peinture. Ce qui donne trois couches à appliquer : crépi, enduit, peinture.
En revanche, la technique du stic B, mise au point par Pierre Bertin, a un rendu très voisin de celui de la fresque et permet de peindre directement sur le mur avec une peinture spéciale mélangée à un produit émulsionné à la résine. Le stic B possède un double avantage sur la technique de la fresque : sa gamme chromatique est plus étendue et il est possible de faire des retouches après séchage.

La fresque est composée de trois registres superposés.
En haut : les apôtres, disposés autour de Marie, reçoivent le don de l’Esprit Saint.

Au centre : Saint Paul, entouré des Pères des Églises d’Orient et d’Occident, bénissent les fidèles.

Le registre inférieur illustre les sacrements et l’Église de 1930 : l’église d’Orient à droite et l’église d’Occident à gauche

Et comme Maurice Denis avait l’habitude de prendre ses amis pour modèle, Vincent nous indique qui est qui !
Puis, nous déambulons dans les différentes chapelles latérales et suivons une partie du chemin de croix. C’est un condensé de l’histoire de la chrétienté de la Pentecôte au XXe siècle.
Dans la chapelle des confesseurs, la fresque de Saint Louis rendant la justice sous son chêne de Robert-Alfred Genicat

Dans la chapelle du travail, fresque de Sainte Bernadette, Pie IX et Vatican I de André-Hubert Lemaitre.

Dans la chapelle des martyrs, les fresques de Saint Pierre et Saint Paul (à gauche) et les actes des Apôtres (à droite).

Quelques stations du chemin de croix de Georges Desvallières peintes sur toile marouflée


Pour terminer, notre conférencier nous rappelle que les allées devaient être revêtues de pierres « tumulaires » rappelant le prolongement de l’action de l’Esprit Saint parmi les défunts et nous montre la seule finalement réalisée en hommage à un maçon mort sur le chantier, dessinée par Paul Tournon (Boudinot, compagnon-maçon).

En conclusion, Vincent Delaveau fait remarquer que malgré des styles différents les artistes ont respecté les directives d’unité de Paul Tournon.

La visite se termine et nous ressortons sur l’avenue Daumesnil. Tout le groupe se retrouvera dans une brasserie sur la place.
Texte : Jocelyne – Photos : Christiane, Jacqueline & Jocelyne

