Accompagnés par Vincent Delaveau, nous nous retrouvons sur la rive gauche de la Seine, au bout de la passerelle Debilly pour entreprendre la visite du quartier du « Gros Caillou ».

Comme la Tour Eiffel, la passerelle devait être détruite après l’exposition universelle de 1900, mais la ville de Paris l’acquiert en 1902, afin de la préserver. En 1906, après modifications, la passerelle est déplacée à l’endroit actuel.
Elle a été construite par Jean Résal (1854-1919), l’architecte du pont Alexandre III, et l’ingénieur Amédée Alby. L’ouvrage est sur une charpente métallique reposant sur des piles en maçonnerie près des berges, décorées avec des carreaux de céramiques Gentil & Bourdet vert foncé suggérant des ondulations. Classée aux monuments historiques en 1992.
Notre conférencier propose d’entrer dans le jardin du musée du Quai Branly malgré l’absence de 4 personnes, deux nous rejoindront dans le jardin, 2 autres préviennent qu’elles renoncent à la visite, elles se sont perdues.
Installés sous une pergola, Vincent nous raconte l’histoire du quartier et nous fait apprécier le silence qui règne dans cet endroit grâce au mur anti-bruit qui entoure le musée.

A l’aide d’une carte ancienne, il nous montre l’étendue du quartier de l’emplacement de l’ancienne Ile des Cygnes à la partie Est de la plaine de Grenelle.

Jusqu’à la fin du XVIIe siècle, la plaine de Grenelle était un territoire inhabité, champs, jardins, potagers, et terrains de chasse.
A ce jour, le quartier est délimité par le Champs de Mars, les Invalides et la Seine.
Mais d’où vient son nom ?
Ce nom viendrait du Moyen Age et désignerait une borne en pierre qui assurait la délimitation entre les terres concédées par le roi de France aux paroisses Sainte Geneviève et Saint Germain des prés.
Les habitants prennent l’habitude de nommer leur quartier Faubourg du Gros Caillou d’autant que la manufacture de tabac qui y était implantée, portait le nom de manufacture du Gros Caillou (fermée en 1905 et détruite en 1909) ainsi que l’église dite Saint Pierre du Gros Caillou.
En résumé, l’évolution de ce quartier s’est construite autour de trois phases distinctes :
– au XVIIe siècle : installation des premiers artisans et travailleurs,
– au XVIIIe siècle : développement urbain et construction des premiers immeubles
– au XIXe siècle transformation majeure avec l’arrivée des grands boulevards.
Puis, nous nous déplaçons dans le jardin pour rejoindre la rue de l’Université pour la suite de la visite.


Le musée du Quai Branly – Jacques-Chirac, appelé également musée du Quai Branly et anciennement musée des Arts et Civilisations d’Afrique, d’Asie, d’Océanie et des Amériques est un musée ethnographique. Projet porté par Jacques Chirac et réalisé par l’architecte Jean Nouvel qui porta la surface d’espaces verts à 17 500 m2 en installant son bâtiment sur pilotis. C’est le paysagiste Gilles Clément qui crée le jardin, contrastant avec la rigueur du bâtiment grâce à son style naturel : plantations de fougères et de graminées. Il décrit son œuvre comme une « savane arborée «, dédiée à la tortue, animal symbolique dans de nombreuses civilisations.
L’artiste Yann Kersalé a embelli le jardin de ses créations lumineuses et poétiques et le botaniste Patrick Blanc a prolongé la végétation sur 730 m2 de mur donnant sur le quai Branly.
Ouvert au public en juin 2006, le jardin est un havre de biodiversité entre Seine et Champs de Mars.
En ressortant rue de l’Université, nous admirons la pièce d’eau qui sert de barrière entre le musée et la rue.

Au bout de la rue, notre conférencier nous indique, de loin, l’emplacement de l’ancien siège de Météo France vendu à la Russie qui accueille le centre d’études russes depuis 2011. A côté, un bâtiment de la Présidence de la République où étaient logées Mazarine Pingeot et sa mère, puis Alexandre Benalla et ce, à l’arrière du Palais de l’Alma, situé 192-194 rue de l’Université.

Vincent nous entraine vers l’avenue Franco-Russe.


Il nous décrit un immeuble au 11 de l’avenue. Le sculpteur Albert Cheuret fait l’acquisition de cet immeuble en décembre 1921. Il ne comporte alors que deux étages. Ami de Robert Mallet-Stevens, il fait surélever le bâtiment de 5 étages en s’inspirant du style moderniste de ce dernier (absence d’ornement, fenêtres horizontales, crépi en revêtement). L’édifice se singularise par la composition très géométrique de sa façade : variété des formes des ouvertures, jeu de retrait des étages supérieurs, succession de percements verticaux éclairant la cage d’escalier.
Puis, nous faisons un arrêt devant les 3 et 3 bis de l’avenue surélevé d’un atelier d’artiste, très rare dans ce quartier huppé… mais Vincent précise que l’entrée de l’atelier et celle des appartements sont séparées.

Vincent nous interroge sur le nom de la rue, serait-ce dû à l’intérêt toujours vif des Français, cent ans après, pour l’emprunt russe, vraisemblablement, conclut-il.
Les emprunts russes lancés sur les marchés financiers occidentaux au profit de l’Empire russe durant tout le XIXe siècle et jusqu’en 1916. Les plus grosses tranches sont émises sur la place de Paris de 1888 à 1914. L’expression est passée dans le langage courant en raison de l’importance des sommes empruntées et le fait que le gouvernement bolchevik a dénoncé ces emprunts peu après son arrivée au pouvoir, en octobre 1917.

Plus loin dans la rue, le style change, au 9 et au 5 se trouvent deux immeubles post-haussmannien construits respectivement en 1914 et 1912 par l’architecte Auguste Avezard.

Nous débouchons sur l’avenue Rapp, au numéro 29, se trouve une pure merveille d’architecture.


Construit en 1901, par l’architecte Lavirotte, sa façade fut primée la même année au concours de la Ville de Paris. Elle est entièrement recouverte de céramique d’Alexandre Bigot, propriétaire de l’immeuble à cette époque et lui servant de véritable vitrine d’exposition de ses réalisations, une sorte de publicité. La façade comporte un décor sculpté, animal et végétal, certains voient dans le décor de la porte, une symbolique sexuelle, certaines recherchent en quoi, ce qui fait sourire notre conférencier.

Cet immeuble comporte sept niveaux et quatre travées disposées irrégulièrement détruisant la symétrie et créant un mouvement.
Il est classé aux monuments historiques en 1964 (façade et toitures).
Vincent Delaveau fait le parallèle avec le céramic Hôtel, situé avenue de Wagram, de style Art nouveau, construit en 1904 également par Jules Lavirotte, en faisant circuler une photographie de l’immeuble.

Nous tournons Square Rapp, et admirons en premier lieu l’immeuble du n° 3 toujours de style Art Nouveau et construit par Lavirotte en 1899 et comme l’immeuble de l’avenue, il est classé aux monuments historiques en 1975.


Dans ce même square, se trouve l’immeuble de la société théosophique au n° 4. Il abrite une loge maçonnique ainsi que l’ambassade du Costa Rica, les éditions Adyar et le théâtre de la Tour Eiffel.
Construit entre 1912 et 1915, par l’architecte Louis Lefranc, il emprunte son style à différents autres, d’une part du style troubadour pour ses arcs en accolade et sa tourelle, d’autre part, du style Art nouveau pour ses motifs floraux et ses baies vitrées et enfin du style Art déco pour ses formes géométriques.



Nous bifurquons rue Sédillot
Au 12 de la rue, nous découvrons la façade de l’ancien hôtel de Monttessuy.


Le bâtiment accueille, depuis 1949, une école italienne (collège et lycée). il a aussi été conçu en 1899 par Jules Lavirotte toujours dans le style Art nouveau. En 1930, le gouvernement italien achète le bâtiment. Il est utilisé comme siège de la Maison de l’Italie par le régime fasciste pendant plusieurs années. Le gouvernement provisoire de la République française en prend possession après la Libération puis rend l’arrière du bâtiment à l’Italie.
Conformément à la Convention culturelle franco-italienne de 1949, le lycée italien Leonardo-da-Vinci et le lycée français Chateaubriand de Rome sont des écoles sœurs.
Pour tester notre sagacité, notre conférencier nous demande de trouver, sur cette façade où se cache une poule qui picore ? Avec difficulté, quelques-uns finissent par la trouver sous une fenêtre.
Nous déambulons dans la rue suivante, rue Saint Dominique.

Nous nous arrêtons devant la fontaine qui occupe le centre d’une placette, entre les 129 et 131 de la rue. La fontaine de Mars est un édifice de style néo-classique : importante base carrée, encadrée de colonnes, le tout couronné d’un toit en portique. Les panneaux des quatre faces sont sculptés de bas-reliefs : Mars, Dieu de la guerre aux côtés d’Hygie, Déesse de la Santé.
Puis, nous passons sous un porche pour entrer dans la rue de l’Exposition bordée d’immeubles construits pour loger les ouvriers travaillant sur le chantier des Invalides.

Vincent nous indique que nous terminerons la visite du quartier sur le Champs de Mars, en prenant la rue de Grenelle puis l’avenue Charles Riesler où nous découvrons le Monument des Droits de l’Homme.
Jacques Chirac alors Maire de Paris commande ce monument en 1989 à l’occasion du bicentenaire de la Révolution. Il est l’œuvre d’Ivan Theimer. Michel Baroin (grand Maitre du Grand Orient de France), ami de Chirac, en supervise la construction d’où sa forte influence maçonnique que nous verrons dans plusieurs détails du monument.

(1) (2)

(3)

(4)

(5) (6)

(7) (8) (9)
Le monument est constitué de plusieurs éléments :
– un édifice en pierre de taille sur plan carré, orné notamment de bas-reliefs (3)
– deux obélisques, l’un à base triangulaire et l’autre à base carrée en bronze (1 & 2)
– une statue d’un homme portant une toge (9)
– une statue de femme avec son enfant portant un chapeau fait de journaux (8)
– un triangle, symbole maçonnique qui rappelle l’élévation de la pensée humaine (5)
– le texte gravé de la Déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen (6)
Sur les deux autres façades sont insérées des pierres provenant chacune d’un des pays de la communauté européenne de l’époque avec le nom des capitales gravées et leur sceau en bronze : (4)
– Sur la face nord-ouest : Lisboa – Madrid – Paris – Bruss/xelles – London – Dublin
– Sur la face sud-ouest : Roma – Luxembourg – Bonn – Amsterdam – Kobenhavn
– Aux coins se trouvent des pots à feu en bronze (7).
Fin de la visite mais avant de nous quitter, Jocelyne invite tout le monde à son pot d’anniversaire dans la brasserie « Le Bouquet de Grenelle » proche de la station de métro La Motte-Piquet

Texte : Nadine – Photos : Christiane, Jocelyne

