
Danielle, cinquième maitre de cérémonie officie aujourd’hui pour neuf « élèves ». Elle nous propose un extrait de la Guerre des Boutons. Outrre le plaisir de se retrouver, tout le monde apprécie la fraicheur de la salle par ce temps de canicule.


La dictée
C’était un matin d’octobre. Un ciel tourmenté de gros nuages gris limitait l’horizon aux collines prochaines et rendait la campagne mélancolique. Les pruniers étaient nus, les pommiers étaient jaunes, les feuilles de noyer tombaient en une sorte de vol plané, large et lent d’abord, qui s’accentuait d’un seul coup comme un plongeon d’épervier dès que l’angle de chute devenait moins obtus. L’air était humide et tiède. Des ondes de vent couraient par intervalles. Le ronflement monotone des batteuses donnait sa note sourde qui se prolongeait de temps à autre, quand la gerbe était dévorée, en une plainte lugubre comme un sanglot désespéré d’agonie ou un vagissement douloureux.
L’été venait de finir et l’automne naissait.
Les travaux des champs étaient achevés et, un à un ou par petits groupes, depuis deux ou trois semaines, on voyait revenir à l’école les petits bergers à la peau tannée, bronzée de soleil, aux cheveux raides coupés ras à la tondeuse (la même qui servait pour les bœufs), aux pantalons de droguet ou de mouliné rapiécés, surchargés de « pattins » aux genoux et au fond, mais propres, aux blouses de grisette neuves, raides, qui, en déteignant, leur faisaient, les premiers jours, les mains noires comme des pattes de crapauds.
Ce jour-là, ils traînaient le long des chemins et leurs pas semblaient alourdis de toute la mélancolie du temps, de la saison et du paysage.
Quelques-uns cependant, les grands, étaient déjà dans la cour de l’école et discutaient avec animation. Le père Simon, le maître, sa calotte en arrière et ses lunettes sur le front, était installé devant la porte qui donnait sur la rue. Il surveillait l’entrée, gourmandait les traînards, et, au fur et à mesure de leur arrivée, les petits garçons, soulevant leur casquette, passaient devant lui, traversaient le couloir et se répandaient dans la cour.
Contrairement au texte de la précédente séance, fort difficile, nous avons apprécié celui-ci, beaucoup plus abordable. Cependant, de nombreuses difficultés « truffaient » le texte : accord de l’adjectif ou pas, pluriel ou masculin, 2 tt ou 1 seul, 1 r ou 2 rr. Quelques mots anciens inconnus : droguet : étouffe de lin et laine semée de motifs brochés – mouliné : fils différents tordus ensemble – pattin : pièce permettant de rapiécer un vêtement – grisette : jeune ouvrière de la confection.
Après la correction, Danielle souhaitant rester au plus près de l’œuvre dont est extraite la dictée, nous retrace l’histoire de Louis Pergaud, l’auteur et nous propose, pour terminer, un quizz sur la Franche-Comté dont l’écrivain est également originaire.

Louis Pergaud est un écrivain et instituteur français, né en 1882 à Belmont dans le Doubs et mort au combat dans la Meuse en 1915 pendant la première guerre mondiale.
Connu pour ses récits sur le monde rural et animalier, il a marqué la littérature française du début du XXe siècle. Son œuvre la plus célèbre, La Guerre des boutons (1912), satire sociale et récit initiatique, reste un classique de la littérature jeunesse. Il est lauréat du prix Goncourt en 1910 avec De Goupil à Margot, recueil de nouvelles sur les animaux,
La Guerre des Boutons
« La Guerre des boutons » est le récit d’une guerre : celle que se livrent les enfants de deux villages voisins au tournant du 20e siècle.
Les enfants du village de Longeverne forment ainsi une armée de soldats fidèles et courageux – Camus, La Crique, Tintin, Gambette et les deux frères Gibus -, gouvernée par Lebrac, qui doit prendre des décisions difficiles autant pour ne pas déshonorer ses troupes que pour lire la fierté dans les yeux de celle qu’il aime, Marie. Leur ennemi : l’armée du village voisin, les Velrans. C’est une guerre sans pitié, née de la volonté de ne surtout pas ressembler aux adultes – mais qui imite pourtant la vraie, parce que tout vaut mieux que le déshonneur. Lorsqu’ils remportent un combat, ils dépouillent les perdants de leurs boutons et de leurs lacets. La Guerre des boutons raconte aussi ce qui compte par-dessus tout dans la vie d’un enfant – les bêtises, les cabanes, les trésors et les secrets, et ce, dès que l’école est finie. La célèbre réplique « Si j’aurais su, j’aurais pas venu » du film La Guerre des boutons, réalisé par Yves Robert en 1962, ne figure pas dans le livre de Louis Pergaud, toutefois, le roman est empreint de ce parler enfantin mêlé d’argot et de patois, où la drôlerie n’est jamais très loin de la cruauté.
Le quizz
Quels sont les quatre départements de la Franche-Comté (aujourd’hui Bourgogne-Franche-Comté) ?
La Franche-Comté est constituée des départements du Doubs, du Jura, de la Haute Saône et du territoire de Belfort.
Quelles sont les préfectures de chaque département de la Franche-Comté ? Quel est le numéro de chacun des départements ? Quelle est la spécialité des quatre départements ?
Le Doubs : Besançon, capitale de la mesure – 25 – berceau de l’horlogerie
La haute Saône : Vesoul – 70 – La chapelle de Ronchamp

La chapelle Notre-Dame du Haut, construite de 1953 à 1955 à Ronchamp ( à 40 km de Vesoul) est une œuvre de Le Corbusier. Elle est inscrite aux monuments historiques en 1965 puis classée en 1967. Elle obtient en 1999 le label « Patrimoine du XXe siècle ». En 1975, l’architecte Jean Prouvé réalise un campanile. En 2011, une nouvelle porterie ainsi qu’un couvent sont construits sur les plans de l’architecte Renzo Piano.
Le Jura : Lons-le-Saunier – 39 – région de vignobles et de lacs
Le territoire de Belfort : Belfort – 90 – Le fameux Lion de Belfort en grès de Bartholdi dont on peut voir une réplique place Denfert-Rochereau

Nous tardons à nous quitter tant la fraicheur de la pièce est agréable mais pas avant d’avoir confirmé la date et le nom du futur maitre de cérémonie : Marie-France., mercredi 24 juin.
Photos : Joëlle & Jocelyne
