Nous sommes 24 à franchir le poste de contrôle et à monter les marches du Grand Palais. Nous rejoignons Odile Déchelotte qui nous remet des écouteurs et nous entraine dans les salles d’expositions.

L’exposition « Matisse 1941-1954 » présente 300 œuvres venues du monde entier, réalisées dans les dernières années de Henri Matisse (1869-1954).
Odile nous retrace la longue carrière de l’artiste.
Henri-Émile-Benoît Matisse est né le 31 décembre 1869 à Le Cateau-Cambrésis. Issu d’un père marchand de grains mais héritier d’une famille de tisserands et d’une mère peintre amatrice, sa vocation artistique se révèle tardivement. Alité à la suite d’une crise d’appendicite à l’âge de 20 ans, sa mère lui offre une boîte de peinture pour le distraire durant sa convalescence. Cette découverte de la peinture sera fondamentale pour le jeune Matisse qui abandonnera sa carrière juridique (clerc de notaire) pour se consacrer entièrement à l’art.
En 1891, il quitte sa province pour Paris. Il s’inscrit à l’Académie Jullian, puis étudie à l’École des Beaux-Arts dans l’atelier de Gustave Moreau. Ces années d’apprentissage sont marquées par la découverte des impressionnistes et des postimpressionnistes comme Van Gogh, Gauguin et Cézanne, dont les œuvres influenceront sa conception artistique.
Il va beaucoup voyager et se nourrir des couleurs de la Polynésie, de l’Océanie ou du Maroc.
Notre conférencière évoque sa vie privée. Le 31 août 1894, sa compagne et modèle Caroline Jobland donne naissance à leur fille Marguerite. Quatre ans plus tard, il épouse le 8 janvier 1898, Amélie Parayre dont il aura deux enfants, Jean en 1899 et Pierre en 1900. Lors de leur voyage de noces à Londres, il découvre le peintre William Turner. Puis le couple séjourne plusieurs mois en Corse où il découvre la couleur. Il sera considéré comme le plus grand coloriste de son époque.
En 1901, Matisse expose au Salon des Indépendants, il y rencontre le couple de mécènes Gertrude et Léo Stein, des collectionneurs russes et américains ainsi que Guillaume Apollinaire et Picasso.
En 1905, il séjourne à Collioure en compagnie d’André Derain et participe au Salon d’Automne. Ses œuvres, celles de Derain et de Marquet, regroupées dans une même salle sont violemment critiquées et les peintres sont surnommés « Les Fauves ». Matisse devient le chef de file du fauvisme.

En 1941, Henri Matisse survit à une grave opération chirurgicale et dira alors avoir le sentiment d’entrer dans une « seconde vie. À près de quatre-vingts ans, Matisse va se réinventer grâce à la gouache découpée. Cette période sera la plus prolifique de sa vie.

Nature morte au magnolia (1941) est le premier tableau que notre conférencière décrypte. Le magnolia, fleur hivernale, se détache comme un personnage sacré, sur le chaudron de cuivre qui forme une auréole.
Pour certaines natures mortes, Matisse emploie la technique du grattage de la peinture noire peinte sur la toile blanche et la technique du papier gouaché, mélange de papier à lettres et papier Kraft
Plus loin, nous découvrons le tableau intitulé « la blouse roumaine »
La Blouse Roumaine est un exemple emblématique du style fauviste, les couleurs ne sont pas utilisées pour représenter fidèlement la réalité mais pour exprimer des émotions et créer une atmosphère particulière. La jeune femme qui pose est Lydia Delectorskaya.
Puis, nous admirerons une série d’intérieurs

Séries de visages de ses amis ou modèles
Tous ces dessins sont exécutés au fusain ou au trait (dessin réalisé au crayon, à l’encre de chine). Les dessins au trait sont monochromes et généralement en noir et blanc.

Louis Aragon sous différents profils


En 1944, Matisse réalise au fusain le portrait d’une de ses modèles, Carmen Helouis d’origine haïtienne. « La Noire » nom du dessin, a nourri les visages dessinés au trait du recueil « Les Fleurs du Mal », inspirés par la jeune femme.
Puis, nous nous attardons devant le tableau « la jeune fille en blanc fond rouge »

Ce tableau est une invitation à la contemplation, un manifeste de couleur. Créé en 1946, cette œuvre incarne parfaitement le génie du mouvement fauviste.
La toile nous présente une jeune femme allongée sur son lit, une posture évoquant à la fois la tranquillité et la vulnérabilité. Elle est drapée dans une robe blanche, immaculée, un contraste saisissant avec le fond rouge flamboyant qui lui sert de décor. Ce choix chromatique audacieux n’est pas anodin : Matisse, en tant que maître de la couleur, utilise l’opposition des teintes pour attirer le regard et stimuler les émotions. Le rouge, symbole de passion et d’énergie, s’oppose au blanc de la pureté.
En 1947, il conçoit entièrement un livre, texte et illustrations intitulé Jazz. Il comprend la reproduction d’une vingtaine de papiers découpés et dont le thème principal mais non exclusif est le monde du cirque. Pour composer les planches de Jazz, Matisse utilise la technique du papier coloré à la gouache dans lequel il découpe des formes aux ciseaux : « Dessiner avec des ciseaux. Découper à vif dans la couleur me rappelle la taille directe des sculpteurs » dira-t-il.

Le lanceur de couteaux Le lagon

La nageuse dans l’aquarium Le cow boy

La chute d’Icare

Collages sur le mur de la chambre de Matisse

Océanie la mer

Polynésie la mer
Matisse a préparé ces tentures avec des découpages épinglés sur le mur de son atelier parisien. Le souvenir du voyage de l’artiste à Tahiti en 1930, lui a inspiré 15 ans plus tard ces formes blanches flottantes et simplifiées d’algues, de méduses et d’oiseaux.
La série des « intérieurs de Vence » ou l’adieu à la peinture.
Matisse l’a peinte lors de son installation dans cette ville de 1946 à 1948. Il entreprendra aussi une série « fenêtres entrouvertes.

Intérieur jaune et bleu Branche de prunier, fond vert
Dans une salle contiguê, nous prenons le temps de regarder un film sur le travail préparatoire de l’arbre de vie pour la chapelle de Vence. Matisse découpe avec une dextérité incroyable ses papiers gouachés avec l’aide de Lydia Delectorskaya, tour à tour assistante, secrétaire, modèle et sans doute maitresse, mais situation jamais confirmée par les intéressés. Toutefois, sa femme Amélie, se sentant en danger, le quitte et le divorce est prononcé en 1940.

Grand intérieur rouge Intérieur à la fenêtre au palmier
En 1942, Matisse s’éprend de sa garde-malade : Monique Bourgeois. Mais elle a la foi chevillée au corps et prend le voile sous le patronyme de sœur Jacques-Marie, au grand dam du peintre. Elle est l’inspiratrice des gouaches découpées et, surtout, de la chapelle du rosaire de Vence.
Matisse participe à la décoration intégrale de la Chapelle du rosaire.
Étude pour « L’Arbre de vie » 1950

Matisse s’essaie, pour la première fois, à l’art du vitrail en collaboration avec le maître-verrier Paul Bony, qui met au point spécialement pour l’artiste, un verre jaune citron dépoli pour les motifs qui rappellent des algues. Les formes bleu outremer, sont quant à elles inspirées des figuiers de Barbarie qui poussent dans l’arrière-pays niçois. Le contraste entre le jaune opaque et la transparence des verres bleu et vert, crée des reflets inattendus. Il conçoit également le mobilier et les vêtements liturgiques.
Parallèlement, il poursuit sa pratique de papier découpé en réalisant de grandes compositions telles que Zulma ou la danseuse créole représentant Catherine Duham;

Zulma la danseuse créole

La gerbe Tristesse du roi
Nous terminons en beauté par la salle de la série des Nus Bleus
Parmi les dessins découpés et peints au fameux « bleu Matisse », nous admirons Vénus, entre autres, sans doute la plus étonnante. Deux morceaux de papier bleu font naître avec leurs contours taillés aux ciseaux, un corps féminin en creux sur un fond crème.



Vénus
En conclusion, nous pouvons faire nôtre la maxime de Henri Matisse : « J’espère qu’aussi vieux que nous vivrons, nous mourrons jeunes ».

Il est 14h, un petit groupe d’une dizaine de personnes tente de se restaurer sur place. Nous nous dirigeons vers les établissements du Chef Thierry Marx. Impossible de trouver une place au self, nous optons alors pour le restaurant « le Réséda Café », une grande table finit par nous être attribuée. Nous allons subir les aléas de fin de service. Certains plats font défaut, d’autres ne sont pas complets. Mais cela n’entame en rien notre bonne humeur et le plaisir d’être ensemble.
Texte : Danielle et Denise – Photos : Denise et Jocelyne

