Nous sommes 10 amicafiennes et amies décidées malgré le temps incertain, à découvrir les quartiers, de la nouvelle Athènes, du square de la Trinité au Canal Saint Martin.

Nous pénétrons dans le square lorsque la pluie commence à tomber. Initialement baptisé square de la Trinité, il est renommé en 1945, square d’Estienne d’Orves (1901-1941) en hommage à cet officier de marine, martyr de la résistance. Adolphe Alphand, ingénieur des ponts et chaussées (1817-1891) en conçoit l’aménagement de l’espace en s’inspirant du chiffre 3.
Il est donc composé de 3 parties menant à une fontaine en cascade à triple vasques, surmontée des 3 vertus théologales : foi, espérance, charité, réalisées par Francisque (1804-1865) et Eugène Lequesne (1815-1867). Hélas, nous ne pourrons admirer cette fontaine, dissimulée à cause des travaux en cours.
C’est dans ce square que Johnny Hallyday, alors âgé de 17 ans, venait jouer de la guitare avec ses amis Jacques Dutronc et Eddy Mitchell.
Puis, par la rue de Cheverus, nous longeons le flanc est de l’église de la Trinité et y pénétrons. Construite en 1867 par l’architecte Théodore Ballu, ses décors illustrent le mystère de la Sainte Trinité qui est présente sur un arc de triomphe situé au-dessus du chœur. Au-dessus de la nef, un balcon de pierre a été érigé pour accueillir l’empereur Napoléon III mais ce dernier n’y est jamais venu.

Après la rue Blanche, nous poursuivons, en face, par la rue de la Tour des Dames au cœur de la Nouvelle Athènes. Son nom évoque la présence d’un ancien moulin édifié vers 1320, propriété de l’Abbaye de Montmartre, a été privé de ses ailes au XVIIIe siècle et rasé en 1822. Prisé des artistes du XIXe siècle, les lieux conservent un certain cachet grâce à la préservation de nombreux hôtels particuliers où ont résidé de nombreuses célébrités, notamment de grands comédiens du théâtre français : Talma (1), Mademoiselle Mars (2), Mademoiselle Duchesnois (3 ). Un autre hôtel a été fondé au n° 2 l’hôtel de Lestapis (4) et visible au n° 11 de la rue de La Rochefoucauld. Et enfin, nous nous attardons au n° 13 se trouve l’immeuble où Johnny Halliday a vécu une partie de son enfance

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13 rue de la Tour des Dames
Nous remontons la rue de La Rochefoucauld où nous remarquons l’hôtel abritant le musée Gustave Moreau ainsi qu’une très belle façade au n° 19.

Musée Gustave Moreau N° 19 rue de la Rochefoucauld
Nous prenons la rue La Bruyère et pénétrons dans un square. Créé en 1964, ce square porte le nom d’Alex Biscarre, conseiller de Paris en 1959. Ancien jardin de l’hôtel Dosne-Thiers qu’occupaient Adolphe Thiers et son épouse Elise Dosne. L’hôtel devenu fondation Dosne-Thiers accueille aujourd’hui la bibliothèque Thiers, le Centre de recherches humanistes, propriété de l’Institut de France.

En face de la fondation se trouvent l’hôtel de la Païva et la place Saint Georges avec en son centre la statue de Paul Gavarni dit Gavarni, pseudonyme de Sulpice-Guillaume Chevallier (1804-1866) est un dessinateur, aquarelliste et lithographe français.

Puis, un coup d’œil sur la place Gustave Toudouze (1847-1904) romancier, auteur dramatique et journaliste français, et nous passons rue Ferrière, puis atteignons la rue des Martyrs, très commerçante. A l’angle de la rue Hippolyte Lebas, nous remarquons deux « réclames » Ripolin et Bénédictine datant de 1907 et 1909, découvertes et sauvées en 2012, lors de la démolition d’un appentis.

Puis, nous bifurquons à droite rue Chiron, impasse Briare et à gauche rue Rochechouart et traversons le square Montholon. Créé comme beaucoup d’autres jardins en 1863 par Alphand, les seuls vestiges subsistants sont les grilles de fonte aux motifs en forme de cœur qui l’entourent. Il est établi sur l’emplacement de l’hôtel particulier de la famille Sanson dont Charles Sanson fut le premier bourreau officiel de la Ville de Paris. Six générations de bourreaux se sont succédé jusqu’à la Révolution, puis jusqu’en 1847.
Un groupe en marbre de Julien Lorieux (1876-1915) intitulé La Sainte Catherine y est installé et représente cinq catherinettes en costume tailleur et chapeau à rubans se rendant au bal des catherinettes un 25 novembre, c’est un hommage aux ouvrières du quartier Montholon.
Une stèle commémorative aux jeunes enfants juifs assassinés pendant la seconde guerre mondiale y est également présente.

Nous traversons la rue La Fayette, coupons par la rue du Faubourg Poissonnière quittant ainsi le 9e arrondissement pour le 10e en poursuivant rue des Messageries, puis rue d’Hauteville, rue de Charbrol et cour de la ferme Saint Lazare.


Après la rue du Faubourg Saint Denis, nous atteignons le square Alban Satragne ouvert en 1963 par la Ville de Paris sur une partie de l’ancienne prison Saint Lazare démolie en 1935 et remplacée par l’hôpital Saint Lazare qui fermera aussi en 1998.
De la prison et de l’hôpital, il ne reste que l’infirmerie et la chapelle construites en 1834 par Louis-Pierre Baltard, architecte des prisons du département de la Seine. Actuellement, une partie des bâtiments est occupée par une crèche et un bureau de poste. En 2015, la bibliothèque « Françoise Sagan » y est ouverte.

Nous descendons la rue du Faubourg Saint Denis et prenons à gauche la rue de la Fidélité jusqu’au carrefour des boulevards de Strasbourg et de Magenta où se situe l’église Saint Laurent, l’une des plus anciennes de Paris de style gothique tardif.
De très beaux vitraux et verrières éclairent les murs de cette église qui sont particulièrement sombres. Et c’est là que l’on retrouve les sépultures des trois premiers bourreaux Sanson. La comtesse du Barry, née Bécu s’y est mariée en 1768.

Nous ne faisons que passer devant le square Saint Laurent fermé pour travaux. Puis traversons la rue Saint Martin en s’attardant sur la belle façade de la Gare de l’Est. Nous poursuivons vers le passage des Récollets qui débouche sur le portail de l’hôpital Villemin, seul vestige encore présent.
Le jardin Villemin est ouvert en 1977 sur l’emplacement de l’hôpital qui fut fermé en 1969. Il tient son nom du médecin Jean-Antoine Villemin qui démontra en 1865 que la tuberculose était une malade contagieuse.
Après la fermeture du centre d’accueil de Sangatte (Pas de Calais) en 2009, le square devient un lieu de passage pour les immigrés en situation irrégulière surtout pour ceux qui souhaitent rejoindre la Grande Bretagne, du fait de la proximité de la Gare du Nord.
En 2023, le Conseil de Paris le rebaptise du nom de Mahsa Jina Amini, jeune iranienne, décédée trois jours après son arrestation par la police des mœurs pour port de vêtements non appropriés.
Comme dans le square Montholon, nous retrouvons une stèle de verre rappelant la mémoire des enfants Juifs du 10e arrondissement assassinés au cours de la guerre de 39-45.
Une fontaine du sculpteur Marie-Auguste Martin de 1846 est installée au centre du jardin.


Après la traversée du jardin, nous débouchons sur le Canal Saint Martin. Nous descendons sur le quai Valmy jusqu’au square des Récollets, son nom est dû à la proximité de la rue éponyme laquelle rappelle le couvent des Récollets, fondé en 1604 à cet endroit.
Actuellement, ces bâtiments sont occupés par une résidence d’artistes et la Maison de l’Architecture.

La pluie n’a pas cessé et l’humidité est de plus en plus prégnante, aussi nous décidons d’arrêter la balade et entrons prendre une boisson chaude dans le café qui porte bien son nom « Atmosphère ».
Cette promenade nous a permis de découvrir une partie de deux arrondissements parisiens, peu recherchés des touristes et peu connus de certaines d’entre nous.
Texte & Photos : Denise

